Photo MINUSS/Isaac Billy Une femme sud-soudanaise victime de viol raconte l'horreur dont elle a été victime près de Bentiu, au Soudan du Sud (décembre 2018).

 

A l’occasion d’un débat le mardi 23 avril 2019 au Conseil de sécurité, consacré à la violence sexuelle en temps de conflit, de hauts responsables des Nations Unies et des militants droits humains ont appelé à davantage d’efforts pour prévenir et mettre fin à ces crimes et souligné combien il était important de mettre les victimes au centre de ces efforts.

 

Pour sa part, le Conseil de sécurité a adopté une résolution, par 13 voix pour et deux abstentions (Chine et Russie), dans laquelle il exige notamment « de toutes les parties à des conflits armés qu’elles mettent immédiatement et totalement fin à tous actes de violence sexuelle » et leur demande « de prendre et de tenir des engagements précis et assortis de délais pour lutter contre la violence sexuelle ».

 

Dans sa résolution, le Conseil de sécurité encourage également les autorités nationales à renforcer la législation visant à amener les auteurs de violences sexuelles à répondre de leurs actes. Il engage les Etats membres à renforcer l’accès à la justice pour les victimes de violences sexuelles commises en temps de conflit et d'après conflit, « dont les femmes et les filles qui sont particulièrement visées par ces crimes », et à faire en sorte que les rescapés de violence sexuelle et fondée sur le genre reçoivent, dans leur pays respectif, les soins appropriés à leurs besoins particuliers et sans discrimination aucune.

 

« Ensemble, nous pouvons et devons remplacer l'impunité par la justice, l’indifférence par l'action », a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, dans un discours au début de ce débat.

 

Le Ministre des affaires étrangères de l’Allemagne, Heiko Maas, dont le pays préside le Conseil de sécurité pour le mois d’avril, participait à ce débat, ainsi que la militante des droits humains yézidie Nadia Murad et le médecin congolais Denis Mukwege, qui partagent le Prix Nobel de la paix 2018, l’avocate Amal Clooney et Inas Miloud, du Mouvement des femmes Tamazight.

 

Le chef de l’ONU a rappelé que dix ans se sont écoulés depuis la création du mandat et du Bureau de son Représentant spécial sur la violence sexuelle en temps de conflit. « Au cours de cette décennie, on a assisté à un changement de paradigme dans la compréhension de ce crime, de son impact sur la paix et la sécurité internationales, et de la nécessité d’intervenir pour le prévenir et y mettre fin », a-t-il souligné.

 

« La violence sexuelle continue d'être une caractéristique horrible des conflits dans le monde »

 

Pourtant, malgré les efforts d’individus, de gouvernements, d’ONG, d’organisations de la société civile et des Nations Unies, « la réalité sur le terrain n'a pas changé ». « La violence sexuelle continue d'être une caractéristique horrible des conflits dans le monde », a déclaré M. Guterres.

 

Sa Représentante spéciale sur la violence sexuelle en temps de conflit, Pramilla Patten, a également noté devant le Conseil de sécurité que malgré toute l’attention et les efforts menés, « la réalité à laquelle nous devons faire face est que la mise en œuvre des résolutions, des politiques, des accords et des engagements demeure lente ». « Nous n'avons pas encore amélioré la situation sur le terrain de manière durable et significative », a-t-elle déclaré.

 

« Si nous voulons un jour empêcher que ces crimes ne se produisent, nous devons d'abord faire face à la réalité inacceptable que cela ne ‘coûte’ en général rien de violer une femme, un enfant ou un homme dans les conflits armés du monde entier. Pour changer les choses, nous devons augmenter les coûts et les conséquences pour ceux qui commettent, commandent ou tolèrent la violence sexuelle dans les conflits. Nous devons transformer une culture de l'impunité vieille de plusieurs siècles en une culture de reddition des comptes », a ajouté Mme Patten, qui a appelé à donner la priorité à la dissuasion et à la prévention.

 

Le Secrétaire général de l’ONU a rappelé qu’il avait promis plus tôt cette année avec le Président du Comité international de la Croix-Rouge, Peter Maurer, de « redoubler d'efforts pour prévenir et faire cesser ces crimes, et de placer les victimes et les survivants au centre de notre action », tout en exhortant les gouvernements à faire davantage pour s'attaquer à ce problème et pour soutenir les survivants.

 

Le chef de l’ONU a estimé qu’il fallait reconnaître que la violence sexuelle en temps de conflit affecte largement les femmes et les filles parce qu'elle est étroitement liée à des questions plus larges d'inégalité et de discrimination sexuelles. « La prévention doit donc reposer sur la promotion des droits des femmes et de l'égalité des sexes dans tous les domaines, avant, pendant et après les conflits », a-t-il dit.

 

Le Secrétaire général a présenté une série de recommandations dans un rapport remis au Conseil de sécurité, avec un accent mis sur la prévention et sur la nécessité de renforcer la lutte contre l’impunité, alors que « la plupart de ces crimes ne sont jamais signalés, ne font l'objet d'aucune enquête et encore moins de poursuites ».

 

António Guterres a salué les efforts déployés par le Dr. Mukwege pour créer un fonds mondial d'aide aux victimes et il a appelé tous les États Membres à y contribuer « afin que ce fonds puisse transformer la vie des personnes touchées et leur offrir une forme de réparation ».

 

Nadia Murad réclame justice pour les Yézidis 

 

Nadia Murad, une jeune femme iraquienne de la minorité yézidie victime de viol et aujourd’hui Ambassadrice de bonne volonté de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), a rappelé que des milliers de femmes yézidies avaient été réduites en esclavage et que personne n’était intervenu pour stopper ce crime.

 

Des femmes yézidies victimes d'actes de violence sexuelle de la part de membres de l'Etat islamique d’Iraq et du Levant (EIIL/Daech) ont « brisé la barrière du silence » et « raconté leur histoire au monde », dans l'espoir que justice soit rendue, a-t-elle rappelé devant le Conseil de sécurité. « Mais, jusqu'à présent, pas une seule personne n'a été jugée pour des crimes d’esclavage sexuel contre les Yézidis ».

 

« Cinq ans après le génocide contre mon peuple, alors que le monde ne faisait rien, aucune mesure claire n'a été prise pour sauver les survivants yézidis  », a-t-elle déclaré.

 

Nadia Murad a demandé que les responsables qui « utilisaient des femmes yézidies comme armes de guerre » soient jugés par un tribunal international « pour crimes de génocide et de violence sexuelle contre les femmes et les enfants », afin d'envoyer un message et prévenir ainsi de tels crimes à l'avenir.

 

Source:news.un.org