Les gouvernements doivent promouvoir et protéger l'accès et la libre circulation des informations pendant la pandémie de Covid-19, ont souligné jeudi plusieurs experts internationaux.

 

La pandémie de Covid-19 a causé des perturbations croissantes dans tous les domaines et celui des libertés d'expression et des médias n’y fait pas exception.

 

« Nous partageons la grave préoccupation des gens partout dans le monde face à la pandémie de Covid-19 », ont déclaré dans un communiqué commun David Kaye, Rapporteur spécial des Nations Unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'expression; Harlem Désir, Représentant de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour la liberté des médias, et Edison Lanza, Rapporteur spécial de la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) pour la liberté d'expression.

 

« À un moment d'une telle gravité, nous comprenons et soutenons pleinement les efforts des professionnels de la santé publique et des gouvernements pour élaborer et mettre en œuvre des stratégies pour protéger la santé humaine et la vie humaine. Le droit à la vie - fondamental et auquel nul ne peut déroger - est en jeu et les gouvernements sont tenus d'assurer sa protection », ont dit les trois experts.

 

M.M.M. Kaye, Désir et Lanza on toutefois souligné que la santé humaine ne repose pas seulement sur des soins de santé facilement accessibles. « Cela dépend également de l’accès à des informations précises sur la nature des menaces et les moyens de se protéger, de protéger sa famille et sa communauté », ont-ils dit.

 

Selon eux, le droit à la liberté d'expression, qui comprend le droit de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toutes sortes, indépendamment des frontières, par le biais de tous les médias, « s'applique à tout le monde, partout et ne peut être soumis qu'à des restrictions étroites ».

 

Cinq demandes

 

À cet égard, les trois experts internationaux ont instamment formulé cinq demandes.

  • Les gouvernements doivent fournir des informations véridiques sur la nature de la menace posée par le coronavirus. « Partout dans le monde, les gouvernements sont tenus par les droits de l'homme de fournir à tous des informations fiables dans des formats accessibles, en veillant particulièrement à garantir l'accès à l'information à ceux qui ont un accès limité à Internet ou lorsque le handicap rend l'accès difficile », ont-ils dit.

 

  • L'accès à Internet est essentiel en période de crise. « Il est essentiel que les gouvernements s'abstiennent de bloquer l'accès à Internet », ont-ils dit. Dans les situations où Internet est bloqué, les gouvernements devraient, en priorité, garantir un accès immédiat au service Internet le plus rapide et le plus large possible, ont-ils souligné. « Surtout en période d'urgence, lorsque l'accès à l'information est d'une importance cruciale, de larges restrictions d'accès à Internet ne peuvent être justifiées par des raisons d'ordre public ou de sécurité nationale », ont-ils précisé.

 

  • Le droit d'accès à l'information signifie que les gouvernements doivent faire des efforts exceptionnels pour protéger le travail des journalistes. « Le journalisme remplit une fonction cruciale en période d'urgence de santé publique, en particulier lorsqu'il vise à informer le public avec des informations critiques et à surveiller les actions du gouvernement », ont rappelé M.M.M. Kaye, Désir et Lanza. Ces derniers ont exhorté tous les gouvernements à appliquer avec vigueur leurs lois sur la liberté de l'information afin de garantir que tous les individus, en particulier les journalistes, aient accès à l'information.

 

  • Les experts ont émis la crainte que de fausses informations sur la pandémie de coronavirus puissent entraîner des problèmes de santé, de panique et de troubles. « À cet égard, il est essentiel que les gouvernements et les sociétés Internet s’attaquent en premier lieu à la désinformation en fournissant eux-mêmes des informations fiables », ont-ils dit. « Cela peut prendre la forme de messages publics solides, d'un soutien aux annonces d'intérêt public et d'un soutien d'urgence à la radiodiffusion publique et au journalisme local, par exemple, par le biais d'annonces publicitaires du gouvernement ». Le recours à d'autres mesures, telles que les suppressions de contenu et la censure, peut entraîner une limitation de l'accès à des informations importantes pour la santé publique et ne doit être entrepris que s'il satisfait aux normes de nécessité et de proportionnalité, ont dit les trois experts. « Toute tentative de criminaliser les informations relatives à la pandémie peut créer une méfiance à l'égard des informations institutionnelles, retarder l'accès à des informations fiables et avoir un effet dissuasif sur la liberté d'expression », ont-ils ajouté.

 

  • Les trois experts se sont dit conscients de l'utilisation croissante d'outils de technologie de surveillance pour suivre la propagation du coronavirus. « Bien que nous comprenions et soutenions la nécessité de déployer des efforts actifs pour lutter contre la pandémie, il est également essentiel que ces outils soient limités dans leur utilisation, tant en termes de finalité que de durée, et que les droits individuels à la vie privée, à la non-discrimination, à la protection des journalistes les sources et autres libertés soient rigoureusement protégées », ont-ils déclaré.

 

M.M.M. Kaye, Désir et Lanza estiment que les États doivent également protéger les informations personnelles des patients.

 

« Nous demandons instamment que toute utilisation de ces technologies respecte les protections les plus strictes et ne soit disponible que conformément à la législation nationale qui soit conforme aux normes internationales relatives aux droits de l'homme », ont-ils dit, en remerciant tous les professionnels de la santé et des soins de santé « qui sont en première ligne pour soigner les malades ».

 

Source:news.un.org

 

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