Djenab Diallo, une ambassadrice du réseau End FGM, discute de la campagne « Building Bridges » du groupe. Celle-ci vise à mobiliser l’attention par rapport aux mutilations génitales féminines. (End FGM European Network)

Lorsque j’essaie de me souvenir du jour où l’on m’a « coupée » lorsque j’étais une petite fille en Guinée-Conakry, seuls me reviennent quelques moments épars et traumatiques. Je me souviens du trajet en taxi avec ma maman et d’autres filles de mon quartier. Le souvenir douloureux de trois ou quatre femmes qui m’immobilisaient. Ensuite, ça a été le tour de ma sœur, je pleurais, en espérant silencieusement qu’elle pourrait y échapper. Malheureusement, c’était impossible.

 

J’avais sept ou huit ans à l’époque et depuis lors, ma famille a abandonné la pratique de la mutilation génitale féminine (MGF). J’ai 25 ans à présent et je suis une ambassadrice du réseau européen de lutte contre les Mutilations Génitales Féminines (End FGM) et je participe à la campagne « Building Bridges » qu’elle organise visant à mettre fin à la pratique tant en Afrique que dans la diaspora en Europe.

 

Comme cela a été le cas avec ma famille, la MGF est souvent un motif pour les parents de s’enfuir vers l’Europe avec leurs enfants.
En tant que survivante de MGF (ayant depuis étudié la médecine en Belgique avec une spécialisation en gynécologie, et vivant à Londres), je m’emploie à sensibiliser les gens sur cette problématique, dernièrement au Burkina Faso. Cela m’aide à surmonter la douleur physique et émotionnelle que j’ai vécue, en m’exprimant et en parlant au nom des 200 millions de victimes estimées qui ont subi cette pratique néfaste.


La catastrophe de la « règle du bâillon »

 

Récemment, la bataille est devenue beaucoup plus difficile. En janvier, le président américain Donald Trump a rétabli une « règle du bâillon mondiale », bloquant potentiellement des milliards de dollars de financement pour les groupes liés de près ou de loin aux services ayant trait à l’avortement, à la planification familiale et à la santé génésique, y compris ceux concernés par la violence à l’égard des femmes.

Les gouvernements européens ont récemment levé 181 millions d’euros de fonds pour compenser la réduction du financement et ont rejoint un effort visant à en lever encore bien davantage, mais cela sera probablement encore insuffisant par rapport aux besoins réels.


Seront ainsi affectées des millions de vies touchées par toute une gamme de violences à l’égard des femmes, y compris les MGF. Le sujet étant tabou, les militants comme moi-même, ainsi que les professionnels de la santé et les travailleurs sociaux doivent aborder les mutilations génitales féminines par l’intermédiaire d’autres domaines, tels que la maternité, la santé sexuelle ou les discussions relatives à la santé des enfants, ce qui peut constituer un bon moyen d’entamer une conversation sur les MGF.


Il faut du temps pour établir cette confiance. La prévention ne peut pas s’installer du jour au lendemain. La suppression de ces services vitaux entraîne de réelles conséquences sur la vie des femmes et des filles. Cependant, ces approches seules ne sont pas suffisantes pour mettre fin à une telle pratique néfaste et profondément enracinée.


Fatima Awil, une militante d’End FGM récemment nommée ambassadrice du réseau européen End FGM, ne le sait que trop bien, venant elle-même d’une communauté qui pratique la mutilation génitale féminine. Étudiante en droit et en droits de l’homme, elle a pris le temps de faire campagne avec plusieurs organisations pour mettre fin aux MGF, et ce, depuis qu’elle est adolescente.


« Même si j’ai grandi en Europe, je me sens impliquée et je me suis personnellement engagée à jouer un rôle dans les efforts visant à éliminer cette pratique néfaste, car il s’agit d’un problème mondial, » déclare Fatima. « Je pense que l’une des principales raisons pour lesquelles la mutilation génitale féminine a encore cours aujourd’hui est l’absence de sensibilisation quant aux effets de cette pratique. »


« Il est essentiel d’empêcher que de nouvelles générations acceptent le même sort. La mobilisation des communautés peut provoquer un changement permanent, mais elle ne pourra pas avoir lieu sans le soutien de nos gouvernements et des prestataires de soins, » me déclare-t-elle.


Liuska Sanna, la directrice du réseau End FGM est d’accord : « Nous avons besoin de nos voix, mais aussi de celles des professions sanitaires, éducatives et juridiques ainsi que des personnes qui font campagne, pour nous faire entendre par ceux qui sont censés nous représenter tous. »


« On agit et on ne parle pas assez pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes et aux mutilations génitales féminines en Europe ou à travers le monde et de grands pays influents tels que les États-Unis et la Russie apportent un soutien limité tant à la santé qu’à la sécurité des femmes. »


Liuska se réfère aussi bien à la règle du bâillon mondiale des États-Unis qu’au récent vote des députés russes sur un projet de loi controversé réduisant la peine infligée dans le cadre de certaines formes de violence domestique. Dans un pays enregistrant l’un des taux les plus élevés de violence domestique dans le monde, le projet de loi a soulevé de grandes inquiétudes pour de nombreuses organisations des droits de l’homme, y compris Amnesty International, qui a plaidé pour le retrait de ce projet de loi auprès de la Russie.


Les ODD en crise

 

Il semblerait que les droits des femmes ont atteint un point critique à travers le monde. Si les gouvernements envisagent vraiment de mettre fin aux mutilations génitales féminines à l’horizon 2030 comme indiqué dans les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies, il conviendra de prendre beaucoup plus de mesures.


« Nous avons besoin que les États membres agissent pour nous soutenir dans nos activités et qu’ils s’engagent correctement à mettre fin aux mutilations génitales féminines. Il convient donc de signer et mettre en œuvre la Convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes, car il s’agit du premier traité à se référer aux MGF en Europe comme une forme de violence contre les femmes et à aider à financer nos projets qui visent à provoquer le changement, » déclare Liuska.


Le réseau End FGM est une organisation basée à Bruxelles qui regroupe 18 membres à travers l’Europe. Outre la campagne Building Bridges, nous avons récemment participé à Change Plus, un projet visant à promouvoir le changement des comportements dans les communautés pratiquant la mutilation génitale féminine à travers l’UE afin que celles-ci les abandonnent.


À l’internationale, les MGF sont reconnues comme une violation des droits humains des filles et des femmes. Elles reflètent une inégalité profondément enracinée entre les sexes et constituent une forme extrême de discrimination à l’égard des femmes. Elles sont presque toujours pratiquées sur des mineures et constituent donc une violation des droits de l’enfant.


Il s’agit d’une violation des droits de la personne à la santé et à la sécurité, ainsi qu’à l’intégrité physique, du droit de ne pas être victime de torture et de faire l’objet de traitements cruels, inhumains ou dégradants, et du droit même à la vie, car cette procédure peut avoir une issue mortelle.


Changement de mentalité des communautés

 

Des efforts internationaux visant à persuader les praticiens d’abandonner les MGF ont été déployés et, en conséquence, celles-ci ont été interdites ou freinées dans la plupart des pays où elle a lieu, même si les lois sont peu appliquées et cette pratique néfaste continue dans le monde entier.


Comme le déclare Fatima, « sans un engagement de la part de la communauté, la législation seule ne peut mettre fin à une telle pratique profondément enracinée. »
Mais l’engagement des communautés prend du temps et demande des ressources sur le long terme.


Les gouvernements du monde entier se sont engagés à mettre fin aux MGF et aux autres formes de violence sexiste et à atteindre l’égalité. Pour le moment cependant, au vu des millions de dollars qui ont été retirés des services offerts aux femmes et aux filles, ces promesses sonnent plutôt creux.


Pendant l’année à venir, le projet Building Bridges élaborera, partagera et coordonnera des actions, des politiques et des cadres juridiques pour mettre fin à la MGF dans les pays de résidence et d’origine.
Le réseau End FGM considère cette coordination comme étant indispensable pour mettre fin aux mutilations génitales féminines et entrevoit également le rôle que l’UE peut jouer dans l’abolition de ces pratiques à l’échelle mondiale. Étant donné que cette pratique dispose d’une composante transfrontalière, les mesures prises en matière de prévention, de protection et de poursuites liées aux MGF doivent tenir compte de celle-ci.


Au sein du réseau End FGM, nous sommes convaincus qu’au moyen d’une communication adaptée, la pratique de la mutilation génitale féminine peut disparaître en l’espace d’une seule génération Mais pour y arriver, il convient d’intensifier les efforts

 

Source:equaltime.org

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