Aisatou Reourey, 52, runs a restaurant in the Ngam refugee camp. Her husband and 9 of her 14 children were killed during the conflict in Central African Republic. Photo: UN Women/Ryan Brown

Déclaration d’ONU Femmes à l’occasion de la Journée internationale des veuves, 23 juin

Ellen Mlalazi est une veuve habitant dans une région rurale du Zimbabwe. Elle subvient aux besoins d’un ménage de 10 enfants et petits-enfants, en dépit des possibilités économiques limitées dans la région de Binga qui reflètent les crises actuelles et l’inégalité largement répandue entre les sexes. Ellen fait partie des millions de veuves qui, dans le monde, revendiquent une égalité des droits après la perte de leur mari, un événement qui peut entraîner une pauvreté persistante pour les femmes et leurs familles.


Malgré le manque d’informations précises, on estime à quelque 285 millions le nombre de veuves dans le monde, dont plus de 115 millions vivent dans une extrême pauvreté. Les données sur le statut des femmes n’étant souvent pas ventilées en fonction de la situation matrimoniale, les veuves ne sont pas visibles à tous les niveaux des statistiques différenciées selon le sexe, de l’échelle nationale à l’échelle mondiale. On sait pourtant que de nombreuses veuves âgées sont victimes de formes multiples et convergentes de discrimination, basées sur leur sexe, leur âge, leur milieu rural ou leur handicap. D’autres sont encore jeunes lorsqu’elles perdent leur mari, probablement à la suite d’un conflit ou parce qu’elles se sont mariées enfants à des hommes plus âgés. Ces femmes vivent de longues années de veuvage.


Avec le choc de la perte d’un mari, la situation des veuves est souvent aggravée par la stigmatisation et l’isolement social. Dans de nombreux pays, les veuves sont privées de leurs droits à la terre, au revenu et à la propriété, entre autres. Faute d’un accès à la protection sociale, elles sont condamnées à la misère.


D’après le rapport « Les Femmes, l’Entreprise et le Droit 2016 », 90 % des 173 économies couvertes par le rapport disposent d’au moins une loi limitant la participation économique des femmes et restreignant leur capacité à hériter ou à posséder des terres. L’abrogation de ces lois discriminatoires n’est pas seulement une question d’ordre éthique, mais l’un des Objectifs de développement durable. La première cible de l’Objectif 5 est de « mettre fin, dans le monde entier, à toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et des filles », une autre cible étant la nécessité d’« entreprendre des réformes visant à donner aux femmes les mêmes droits aux ressources économiques, ainsi qu’à l’accès à la propriété et au contrôle des terres et d’autres formes de propriété, aux services financiers, à l’héritage et aux ressources naturelles, dans le respect du droit interne ». Toute mesure prise dans ce sens pourrait avoir une incidence sur la vie de millions de veuves qui dépendent actuellement de leur mari pour leur subsistance.


Un projet soutenu par le Fonds pour l’égalité des sexes a permis à Ellen Mlalazi d’améliorer sa situation en renforçant ses compétences financières et en l’intégrant comme membre d’un Groupe d’épargne et de prêt. Grâce à ce groupe, Ellen a pu économiser suffisamment d’argent pour créer deux microentreprises. Ces deux entreprises (vente de pantoufles et élevage de chèvres) lui ont permis d’asseoir son indépendance, de développer ses activités et de subvenir aux besoins de sa famille.


ONU Femmes s’est engagée à collaborer avec les États membres et la société civile pour faire respecter les droits des veuves. Il s’agit, entre autres, de fournir aux femmes des informations sur l’accès à une part équitable de leur héritage, à la terre et aux ressources productives ; à une pension et à une protection sociale qui ne se fondent pas uniquement sur la situation matrimoniale ; à un travail décent et à une égalité de salaire ; et aux possibilités d’éducation et de formation.


Les veuves doivent être en mesure de subvenir à leurs propres besoins et à ceux de leurs familles. Cela suppose également de lutter contre la stigmatisation sociale à l’origine de l’exclusion et contre les pratiques discriminatoires ou préjudiciables, comme celles ayant cours au Togo, où une veuve peut être amenée à subir une période d’isolement ou d’emprisonnement, à être purifiée au cours d’une cérémonie destinée à « couper le lien » avec le défunt, et à être poussée à se remarier rapidement.


Le Forum politique de haut niveau des Nations Unies aura lieu cette année en juillet et aura pour thème « Éradication de la pauvreté et promotion de la prospérité dans un monde en mutation ». Il offre une occasion importante de souligner le lien existant entre le veuvage et la pauvreté, de même que le manque de données de qualité ventilées par sexe sur les veuves et leurs quotidiens, et d’agir sur ces deux questions.


Les Objectifs de développement durable invitent chaque personne à tenir compte de celles et ceux qui risquent d’être délaissés. Les femmes disposent de droits inviolables qui ne dépendent de personne. Elles doivent pouvoir jouir de ces droits, qu’elles soient célibataires, mariées, séparées ou veuves. Faisons en sorte que, à l’instar d’Ellen Mlalazi, toutes les veuves puissent se construire une nouvelle vie après la perte de leur mari.

 

Source:unwomen.org