Sheikh, Mohammed Dersa, the president of the Afar Region Islamic Supreme Council speaks of his role in preventing female genital mutilation (FGM) in their community. Photo credit: UNICEF Ethiopia / Mersha / 2017
Publié par Julie Rialet, Research & Policy Associate, Girls Not Brides le vendredi 21 Juil 2017
 
Une hypothèse que nous devons souvent réfutée ici, chez Filles, Pas Epouses, c’est que le mariage des enfants est un problème religieux. Ça n’en n’est pas un.
 
Le Niger et l’Indonésie , deux pays à majorité musulmane, ont des taux de mariage d’enfants très différents: 76% et 14%. La République centrafricaine et le Mexique, où la plupart des gens sont chrétiens ont eux aussi des taux de mariage d’enfants très différents: 68% contre 23%. Et l’Inde, un pays à majorité hindoue, a le plus grand nombre de jeunes mariées dans le monde.
 
 
Le mariage des enfants ne s’explique pas par la religion, mais la religion est importante pour des millions de personnes. Près de 80% de la population mondiale professe une croyance religieuse. Alors, pourquoi ne pas commencer à considérer les leaders religieux comme un atout pour aborder le mariage des enfants plutôt qu’un obstacle?
 
 
Le pouvoir des leaders religieux pour mettre fin au mariage des enfants
 
Les leaders religieux sont des personnages respectés dans leurs communautés, qui indiquent souvent les comportements acceptables. Une femme d’une communauté religieuse au Zimbabwe explique:

« Les leaders religieux sont considérés comme des leaders moraux et les gens les admirent, comme des modèles. Les gens les croient et les suivent. Ils essaient d’imiter la manière dont ils se comportent »
 
Les leaders religieux jouent de nombreux rôles. Ils effectuent et enregistrent les mariages religieux. Dans certains pays, ils influencent même la façon dont le mariage est élaboré et mis en vigueur.
 
 
Les gens vont voir leur chef local pour de la médiation et des conseils, et écoutent leurs enseignements dans des sermons hebdomadaires. Cela donne aux leaders religieux de nombreuses occasions pour parler aux familles de la valeur des filles au-delà du mariage et de la maternité.
 
 
Les leaders religieux en action
 
Il existe déjà de nombreux leaders religieux sur qui s’inspirer autour du monde. En Indonésie, les dirigeantes musulmanes ont émis une fatwa pour la fin du mariage des enfants et ont exhorté le gouvernement d’augmenter l’âge du mariage à 18 ans.
 
 
Les dirigeants religieux au Népal ont aidé à développer la stratégie nationale du pays pour mettre fin au mariage des enfants. Il y a quelques années, un réseau interreligieux a également mené une campagne publique pour la fin du mariage des enfants.
 
 
Le leadership religieux se retrouve également dans les milieux universitaires. En Egypte, l’Université d’Al-Azhar et l’UNICEF ont examiné comment la protection et le développement des enfants sont essentiels à l’islam. Leur manuel s’appuie sur les versets coraniques, Hadiths et Sunnas pour fournir des conseils sur les droits des enfants.
 
Sans oublier l’archevêque Desmond Tutu, cofondateur de Filles, Pas Epouses, qui a été champion du mouvement pour mettre fin au mariage des enfants:
 

« J’ai décidé de donner au combat pour mettre fin au mariage des enfants, mon tout – avec le même engagement que j’ai donné à la lutte contre l’apartheid »
 
Travailler avec des leaders religieux n’est pas facile…

•Les textes religieux sont ouverts à l’interprétation qui peut servir à tolérer le mariage des enfants.
•Les lois coutumières et religieuses permettent souvent de se marier à un jeune âge. Au Liban, par exemple, les filles chiites peuvent se marier à 9 ans, les filles catholiques à 14 ans et les filles israéliennes à 12 ans.

•La déférence aux coutumes religieuses sur la protection des droits des filles a bloqué les progrès accomplis. En 2016 au Pakistan, le Conseil de l’idéologie islamique a exigé le retrait d’un projet de loi pour augmenter l’âge minimum du mariage, le considérant comme du blasphème. Aux États-Unis, le gouverneur du New Jersey a refusé de signer un projet de loi interdisant complètement le mariage des enfants, affirmant qu’il serait en conflit avec les coutumes religieuses.
 
Les contextes religieux peuvent être complexes et il est donc difficile de comprendre à qui s’adresser.

•Les leaders religieux sont tellement respectés que tenter de leur enseigner peut être mal vu, surtout lorsque vous êtes considéré comme quelqu’un d’extérieur.
 
mais c’est possible
 
Les militants ont vu à quel point la voix d’un leader religieux peut être puissante. Ici, ils partagent certaines des leçons apprises.
 
Connaissez votre contexte.
 
Là où le mariage des enfants est commun, les leaders religieux influencent-ils les décisions de mariage? Si ce n’est pas le cas, travailler avec eux peut ne pas être efficace. Si c’est le cas, savoir qui détient le pouvoir et comment commencer une discussion est la clé.
 
Identifiez comment contacter les leaders religieux et impliquez les dès le début.
 
Au Zimbabwe, une organisation dirigée par des jeunes a travaillé avec des clubs et des écoles de jeunes pour identifier les bons dirigeants. Une organisation yéménite s’est associée à un ministère du gouvernement (Ministry of Endowment) pour atteindre les Imams de la région. Une organisation communautaire en Inde a rencontré des leaders religieux locaux, leur demandant d’identifier les problèmes dont ils se soucient. Une fois que vous avez ce contact, impliquez des leaders religieux dans vos programmes.
 

Offrir un espace pour un dialogue ouvert et respectueux.

De nombreuses organisations organisent des ateliers pour discuter des effets néfastes du mariage des enfants, explorer comment les textes religieux peuvent soutenir les droits de l’enfant et encourager les leaders religieux à ne pas officialiser les mariages d’enfants. L’humiliation n’entraîne pas de changement  mais le dialogue oui.

Un activiste du Sénégal a expliqué:

« La plupart des chefs religieux ne veulent pas prendre des décisions seul. Certains leaders religieux qui ont pris des mesures seul ont subi de nombreuses critiques au sein de leur communauté. Rassembler les leaders ensemble dans un séminaire les aide avec cela. »

 

Développez des messages qui auront une signification pour eux.

Il n’y a pas un seul argument qui convaincra tous les chefs religieux de la nécessité de mettre fin au mariage des enfants. Certains se concentrent sur l’impact sur la santé. D’autres trouveront l’angle religieux plus efficace – dans ce cas, assurez-vous de bien connaître les textes religieux.

 

S’appuyer sur les conventions internationales sur le mariage des enfants n’aidera pas forcément. Nous avons entendu par nos membres au Nigéria que, dans l’un de leurs ateliers, certains dirigeants musulmans avaient refusé d’exiger un âge minimum de mariage, rejetant les conventions internationales en tant que produit de l’Occident.

 

Plus important encore, soyez patient! Le changement social prend du temps. Il y aura des obstacles en cours de route. Il peut être difficile de travailler avec les leaders religieux mais, avec l’influence qu’ils ont, ils peuvent changer la vie des filles pour le mieux.

 

Source: fillespasepouses.org