Par Pierre-Claver Kuvo

 

La marche du Togo vers la parité genre en politique reste, pour l'instant, un rendez-vous manqué, même si, au pouvoir, on affiche un optimisme béat.

Au Togo, comme ailleurs en Afrique, les femmes se battent pour se faire une place plus considérable dans la vie politique. En dépit de leur fort poids démographique (52%), leur représentativité reste faible.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2005, Faure Gnassingbé a promis faire de la question de la parité genre en politique l'une de ses préoccupations.

En décembre 2012, en présentant ses vœux de fin d'années, Gnassingbé fils a encore relancé l'espoir de la gente féminine, de partager plus équitablement les postes politiques avec les hommes.

 Avalanche. Une Direction générale de la promotion féminine (DGPF) est créée au sein du ministère des Affaires sociales et de la Promotion de la Femme. Puis une avalanche de dispositions est prise dont la plus intéressante est la révision du Code des personnes et de la famille.

 En 2013, la modification du code électoral a été alors votée. Elle oblige les partis politiques à faire respecter la parité genre entre hommes-femmes sur les listes de candidature aux élections législatives et réduit de moitié le payement des cautions des candidats de sexe féminin.

 Un comité a été créé pour l'application des recommandations de la 4ème Conférence mondiale sur les femmes à Beijing tenue en septembre 1995.

Un document de stratégie nationale d'intégration du genre dans les programmes et politiques a été adopté. Dans les départements ministériels, des points focaux genre sont installés. Seulement on n'en restera que là : dans les discours.

De 7, le nombre de femmes dans l'équipe Ahoomey-Zunu II est passé à 5 sur 26 portefeuilles. Seuls 4 femmes figurent dans l'actuel gouvernement de 23 ministres

 Contraste. En 2007, sur les 25 postes ministériels que comptait le gouvernement de Komlan Mally, seules deux portefeuilles ont été réservées aux femmes. 2008. Le Togo fera pire. Le gouvernement de 22 membres formé par Gilbert Fossoun Houngbo ne comptait qu'une seule femme. 2010.

 Le pouvoir a voulu se rattraper. L'équipe Houngbo II, porte le nombre de portefeuille réservé aux femmes à 07 sur 31 postes ministériels. Ce chiffre est resté inchangé dans le gouvernement de 31 membres formés en 2012 par le Premier ministre Arthème Ahoomey-Zunu. 2013, recul.

De 7, le nombre de femmes dans l'équipe Ahoomey-Zunu II est passé à 5 sur 26 portefeuilles. Seuls 4 femmes figurent dans l'actuel gouvernement de 23 ministres, de Komi Selom Klassou, Premier ministre. La parité genre semble toujours fuir.

Sur le plan de la représentation des femmes au niveau de l'Assemblée nationale, le Togo est encore très loin de la parité genre.

Depuis 1958, sur un ensemble de 693 députés élus au cours des différents scrutins législatifs, il n'y a eu que 29 femmes ; soit 4,18%. L'Assemblée nationale de 1979 a enregistré 06 députés femmes.

C'était d'ailleurs la première fois que, dans l'histoire du parlement togolais, le nombre de femmes avait franchi la barre de 5. Elue aux élections législatives de 1961, Joséphine Hundt fut la seule et première dame parlementaire sur 51 sièges. En 2002, 07 femmes ont été élues députés sur les 81 sièges, soit 7,40%.

En 2007, 09 sièges étaient détenus par les femmes. Dans la législature actuelle, le Togo compte 17 femmes députés sur les 91. Un chiffre record. Mais tout n'est pas encore réglé. Des obstacles persistent. Ils sont d'ordre socioculturel et économique.

Mobilisation. On voit bien que les femmes, on ne les aime véritablement que dans les discours. Et, naturellement, au lit.

 De l'avis des défenseurs des droits de la gente féminine, au lieu de se réduire à la gaité de cœur des hommes, « les femmes doivent se battre contre (ces) clichés, (ces) mentalités », comme le lançait Véronique BATALE de l'organisation des femmes de la formation politique OBUTS (Organisation pour bâtir dans l'union, un Togo solidaire).

Et d'ajouter : « La sous représentativité de la femme dans les instances politiques peut être perçue comme une illustration d'une amorphie politique, congénitale à la femme togolaise.

L'inertie politique des femmes togolaises loin d'être donc un caractère absolu et inné est un fait ayant des origines essentiellement exogènes.

L'instauration des régimes politiques dictatoriaux après l'indépendance a inhibé le potentiel d'engagement politique de la femme togolaise et aussi les stéréotypes et des préjugés élaborés par quelques pesanteurs socioculturelles continuent d'acculer la femme togolaise dans la sphère privée en l'empêchant d'exercer pleinement ses droits politiques. Les femmes togolaises doivent sortir de leur carcan et que désormais nous prenions notre destinée en main» pour parvenir à la parité genre.

 « Les hommes, assis sur leurs privilèges, ne nous donneront jamais de gaîté de cœur la chance de nous élever à leurs côtés. Ils nous préfèrent derrière eux, pas à leurs côtés »

«Sans la volonté politique, rien ne bougera sur ce front. Car les hommes, assis sur leurs privilèges, ne nous donneront jamais de gaîté de cœur la chance de nous élever à leurs côtés. Ils nous préfèrent derrière eux, pas à leurs côtés.

 

Mais la réalité est là, implacable ; et elle nous rattrapera. Nos pays ne peuvent se soustraire à l'évolution des mentalités, aux changements des comportements, aux avancées que connaissent les femmes à travers le monde.

 Certes, il ne s'agit point de calquer des modèles prêt-à-porter des pays occidentaux chez nous, mais plutôt d'opter pour des approches endogènes afin d'inclure les 52 % de nos populations dans le train du développement.

 De peur de les oublier pour toujours sur le quai de la gare », a indiqué Adélaïde Fassinou Allagbada, professeur de Lettres et Ecrivain à l'issue d'un colloque pluridisciplinaire sur le thème : « Problématique de la parité genre: représentations, enjeux et perspectives », tenu à Lomé, les 30 et 31 mai 2013.

 Sans relâche, les femmes se mobilisent pour le combat pour la parité. Des discussions se mènent, des stratégies d'actions de plaidoyer se peaufinent. « Il faut que la femme participe d'abord dans les prises de décisions pour pouvoir travailler pour la parité genre.

 Il faut faire un plaidoyer pour une action d'envergure où les femmes elles-mêmes se mobilisent. Mais si chacun reste dans son coin et attend que la parité vienne, ça va être difficile», a confié Claire Quenum, présidente de Wildaf-Togo, réseau Femmes Droit et Développement en Afrique, branche du Togo).

 

Source: allafrica