Le faible taux de participation des femmes aux instances de prise de décisions dans le monde et plus spécialement en Afrique appelle à des reformes plus vigoureuses en la matière ; c’est la conclusion à tirer de la faible participation des femmes aux élections communales du 4 février 2018 en Guinée.

« Je me dis qu'on aurait pu avoir beaucoup plus de femmes. On se sert d'elles pour la mobilisation. On les met au premier rang quand il s'agit de danser, de chanter et d'accueillir les leaders politiques, il faudrait que les femmes disent non à être utilisées mais oui à être sur les listes et en bonne position »  a affirmé Moussa Yero Bah, journaliste et Présidente de l’ONG Femmes, Développement et Droits Humains en Guinée dans un article de l'Agence de Presse Régionale (apr.news.fr)  le 4 février 2018.

En effet, malgré les multiples campagnes de sensibilisation initiées par certaines institutions, la société civile et les medias pour inciter les femmes à se présenter aux élections communales en Guinée, le constat reste alarmant.  Selon la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), sur  29. 554 candidats en compétition dans 342 communes rurales et urbaines de la Guinée,  seulement 7. 044 femmes étaient candidates  sur 1.318 partis politiques et coalitions. Il y a  un recul de la représentativité et de la candidature des femmes aux élections communales et pour cause, la discrimination positive accordée aux femmes dans le code électorale de 2010 n’est plus d’actualité.

Selon le Code électoral promulgué par la loi L/2010---/CNT du 22 avril 2010 en son l’article 129 aliéna 2 : les listes nationales, en vue des législatives, doivent consacrer un quota de 30%  aux femmes appartenant aux partis politiques candidats. Malheureusement, cette disposition  a été supprimée du  nouveau code électoral adopté en juillet 2017 car jugé « discriminatoire » par la Cour constitutionnelle.   

Outre ces élections communales, en Guinée le tableau de la représentativité des femmes aux postes de prise de décisions se présente comme–ci : À  ce jour 15,15% de femmes sont membres du gouvernement,  22% sont au Parlement, 12,5% occupent les fonctions de Gouverneurs de régions et 6,6% occupent les fonctions de Préfètes. Ces chiffres démontrent la sous représentation des femmes, lorsqu’on sait  qu’elles constituent plus de la moitié de la population guinéenne.

À l’échelle mondiale, on constate le même  faible taux de représentativité des femmes aux instances de décisions. Selon le rapport 2017 sur les ODD,  la proportion de femmes occupant des sièges dans les chambres uniques ou basses des parlements nationaux atteignait 23,4 % en 2017, soit à peine 10 points de pourcentage de plus qu’en 2000. Les femmes sont toujours sous-représentées aux postes de direction. Dans la plupart des 67 pays disposant de données pour la période 2009-2015, moins d’un tiers des postes de cadres supérieurs et intermédiaires étaient occupés par des femmes…

Vu  la lenteur des progrès accomplis dans le domaine, il est nécessaire  que  des mesures    plus ambitieuses soient mises en place par les Etats  pour encourager la participation politique des femmes dans le monde.

Aussi, loin de s’avouer vaincues, les femmes de la Guinée devraient plutôt apprendre de l’expérience de leurs consœurs du Mali et se remobiliser pour leur représentativité. Confrontées à la même situation en 2006, les femmes du Mali se sont mobilisées et par le biais de la  Ministre de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, ont réussi à faire adopter, un projet de loi  le 12 novembre 2015 : “loi Oumou Ba”  qui institue la promotion des femmes dans les postes nominatifs et électifs. L’Article 1 de la loi dispose que : « à l’occasion des nominations dans les Institutions de la République ou dans les différentes catégories de services publics au Mali, par décret, arrêté ou décision, la proportion de personnes de l’un ou de l’autre sexe ne doit pas être inférieure à 30%». L’article 2 va encore plus loin en précisant que «à l’occasion de l’élection des députés à l’Assemblée Nationale, des membres du Haut conseil des collectivités ou des conseillers des collectivités territoriales, aucune liste d’au moins trois personnes, présentée par un parti politique, groupement de partis politiques ou regroupement de candidats indépendants, n’est recevable si elle présente plus de 60% de femmes ou d’hommes». Ainsi formulé, “La nouvelle loi n’est pas discriminatoire; elle repose sur le principe constitutionnel de l’égalité totale entre citoyens et permet à la femme d’accéder aux opportunités de participation politique et publique”    

Les trente pour cent (30%) en question devraient être considérés  comme un  seuil minimum. Comme l’a si bien  indiqué Wheeler Mahawa Kaba, Directrice du département  Femmes, Genre et Développement de la Commission de l'Union Africaine dans une interview accordée à Radio France International : « nous enjoignons tous nos décideurs de vraiment faire l’effort nécessaire, afin que ces 30 % - et je répète -, soient le seuil minimum »..« Nous visons les 50 % dans nos assemblées nationales, dans les cabinets ministériels, dans les structures privées, dans les universités, dans la gouvernance locale… A tous les niveaux possibles ».  
 
 

Il est donc important pour les Etats africains d’être  plus ambitieux et d’aller au-delà des 30% en  emboîtant le pas à la Commission de l’UA qui est composée de 50 % d’hommes et 50 % de femmes ainsi  qu’à l’ONU qui par sa stratégie de parité entre les sexes, a atteint pour la première fois dans l'histoire des Nations Unies, la parité au sein du Groupe des dirigeants des Nations Unies, avec 23 femmes et 21 hommes.  Comme l’a si bien  souligné le Secrétaire Général de l’ONU, le harcèlement sexuel, comme les abus sexuels et la violence sexuelle, sont enracinés dans les déséquilibres entre hommes et femmes en termes de pouvoir. « C'est pourquoi l'égalité des droits et de représentation est si importante…».

 
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