Les inégalités entre hommes et femmes se creusent à Maurice. Dans un rapport publié le 26 mars, la Banque mondiale (BM) démontre, chiffres à l'appui, comment ces dernières sont encore désavantagées sur le marché du travail. En particulier dans le secteur privé.

 

Sur la période 2004 à 2015, l'étude montre que malgré une forte hausse de la participation des femmes sur le marché du travail, elles continuent d'être moins représentées. En 11 ans, la part des femmes actives sur la totalité des femmes en âge de travailler est passée de 47 % à 57 %.

 

Synonyme d'émancipation, ce changement est pourtant contre-balancé par la disparité homme-femme qui n'a fait qu'augmenter sur cette même période. De 12 % en 2004, l'écart de participation entre les genres est passé à 32 % en 2015.

 

Plus de femmes actives mais une inégalité plus grande entre les sexes, comment est-ce possible ? En examinant plusieurs critères de base comme le degré d'éducation ou le statut marital, l'étude donne plusieurs explications liées à ce retard en matière d'égalité homme-femme.

 

Tout d'abord, le mariage, comme la grossesse, et surtout à la sortie des études, est un frein à l'entrée des femmes sur le marché du travail. L'éducation, elle, provoque l'effet inverse. D'après les données collectées par la BM, plus les femmes ont un degré d'études élevé, plus elles sont actives à part égale avec les hommes, soit 90 % sur le total de femmes en âge de travailler.

 

Briser les stéréotypes

 

À côté des critères pure- ment socio-économiques et démographiques, réside une tout autre catégorie de critères baptisés «composantes inexpliquées». Ils rassemblent ce qui n'est pas quantifiable, et donc impossible à représenter sur un tableau mais qui pourtant sont aussi déterminants sur l'impact négatif qu'ils ont sur les femmes.

 

Inexpliqués mais non innommables, ces fameux critères font référence aux valeurs et aux normes socioculturelles traditionnellement attribuées aux femmes. À savoir, s'occuper des enfants, des personnes âgées et des tâches ménagères. Or, d'après cette étude, ces stéréotypes seraient tout aussi responsables des inégalités homme-femme sur le marché du travail.

 

Autre indice d'inégalité liée au genre au travail : le salaire. Ou plutôt les écarts de salaires entre les sexes opposés à poste égal. Selon le rapport de la BM, les femmes seraient beaucoup moins bien payées que les hommes - environ 25 % à 30 % en moyenne - dans le secteur privé. Une discrimination de genre qui ne s'applique pas au secteur public, puisque là, la différence observée est de seulement de 7 % entre les hommes et les femmes.

 

Face à ce constat en demi-teinte, les solutions proposées par les experts de la BM sont doubles. Il faut repenser les politiques qui allègent la charge des femmes quant aux travaux domestiques, en instaurant une meilleure répartition des tâches, par exemple. L'idée d'allonger le congé paternité pourrait faire figure d'exemple.

 

À Maurice, cette idée est défendue par l'association SOS Papa. Cependant, pour briser les stéréotypes, le problème doit se traiter à la racine. Et d'après le rapport de la BM, cela se passe dès l'école, où les enseignements devraient mettre l'accent sur ces normes et valeurs culturelles traditionnelles afin de les comprendre et les dépasser.

 

Congés paternité : faut-il les rallonger ?

 

Avec cinq jours de congé accordés au père lors de la naissance d'un enfant, contre 16 semaines pour la mère, les Mauriciens ne respectent pas encore la parité dans la prise en charge des nouveau-nés.

 

Si l'association SOS Papa revendique l'allongement du congé paternité à Maurice, d'autres mouvements à travers le monde ont pris le pas depuis longtemps. Pour cause, il existe un risque réel pour la carrière d'une femme quand elle accouche d'un enfant comme le souligne le rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques en mars 2016 : «Si les hommes s'investissent plus dans la garde des enfants, les femmes seraient moins pénalisées professionnellement, autant pour le recrutement que sur l'avancement de carrière.»

 

Appelée «Congé parental : où sont les pères ?», l'étude soulève également deux enjeux positifs liés à la parité du congé parental : le bien-être de l'enfant et la réduction du risque de pauvreté.

 

Source: allafrica