ONU Info/Daniel Dickinson A Bol, au Tchad, la Vice-Secrétaire générale de l'ONU, Amina Mohammed (gauche), rencontre Halima Yakoy Adam, une femme qui a survécu à une mission-suicide de Boko Haram.

 

 

Dans la région du lac Tchad, les jeunes femmes sont les premières victimes de la radicalisation. En mission à Bol, au Tchad, l’ONU et l’Union africaine soulignent la nécessité d’accroitre les activités de sensibilisation contre l’extrémisme violent et de faire de l’égalité des sexes une priorité.

 

Halima Yakoy Adam n'oubliera pas ce 22 décembre 2015, Ce jour-là, elle était censée mener un attentat suicide à Bol, une ville tchadienne à 200 kilomètres au nord de N'Djamena, la capitale du pays.

 

« C'était le jour du marché à Bol et j'étais avec deux autres filles qui, comme moi, portaient des explosifs », a déclaré Halima Yakoy Adam. « J'avais seulement 15 ans. On m'avait donné de la drogue et j'avais été formé par le groupe terroriste extrémiste Boko Haram pour être une kamikaze ».

 

Les autorités locales ont détecté les trois adolescentes et ont tenté de les arrêter, mais les deux autres filles ont fait exploser leurs gilets explosifs, se suicidant et blessant gravement Halima Yakoy Adam. Cette dernière a survécu mais a eu les deux jambes amputées sous ses genoux.

 

Boko Haram est actif dans le nord-est du Nigeria mais aussi au Cameroun, Tchad et Niger voisins depuis plusieurs années. Son principal objectif est de créer un état islamique dans le nord du Nigeria. Sa campagne de terreur a provoqué le déplacement d’environ 10 millions de personnes en 2017 et a entraîné la destruction généralisée d'infrastructures de base, telles que des centres de santé, des écoles, ainsi que des terres et des machines agricoles.

 

Les pays de la région se sont mobilisés par le biais de la Force multinationale interarmées (MNJTF). Une initiative que l'ONU a qualifié l'année dernière de « progrès encourageants dans la lutte contre Boko Haram ». Mais face à cette coordination régionale, le groupe terroriste a changé de tactique, en augmentant le recours aux attentats suicides. En juin et juillet 2017, les Nations Unies ont enregistré quelques 130 attaques attribuées à Boko Haram, qui ont entraîné la mort de 284 civils dans les quatre pays touchés.

 

Renforcer la sensibilisation

En déplacement à Bol, la Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, Amina Mohammed, a rencontré Halima Yakoy Adam.

 

« C'est l'une des nombreuses histoires que j'ai entendues, car c'est de là que je viens. Je viens du Nigeria. C'est malheureusement l'histoire de beaucoup de filles, mais contrairement à Halima, beaucoup n'ont pas survécu », a dit Mme Mohammed qui a salué la résilience de la jeune femme.

 

« Je pense qu'il y a une plus grande prise conscience face aux attentats suicides aujourd'hui qu'auparavant. Il n'y a rien de plus puissant qu'une victime qui raconte son histoire. Halima est passée du statut de victime a celui de survivante parce qu'elle utilise cette expérience pour éduquer les autres filles ».

 

Bien que l'incidence des attentats-suicides semble augmenter au Tchad, il s'agit d'un développement relativement nouveau pour les femmes, selon Clarisse Mehoudamadji Nailar du CELIAF, une association tchadienne de femmes leaders.

 

« L'extrémisme parmi les femmes n'existait pas dans le passé au Tchad. Cela semble être un phénomène nouveau », a-t-elle dit. « Le gouvernement fait un gros effort pour combattre les extrémistes et pendant ce temps les organisations non-gouvernementales au Tchad essayent d'éduquer et de sensibiliser les femmes sur les dangers de l'extrémisme ».

 

Une mission conjointe des Nations Unies et de l'Union africaine s'est rendue au Tchad pendant deux jours. La visite, qui a également inclus Margot Wallström, la ministre des Affaires étrangères de la Suède qui préside le Conseil de sécurité en juillet, a mis l'accent sur l'importance de la participation significative des femmes à la paix, à la sécurité et au développement.

 

Membre de la mission, la Directrice d’ONU Femmes, Phumzile Mlambo-Ngcuka, a déclaré que des groupes comme Boko Haram visent à manipuler les jeunes filles pour commettre des actes terroristes.

« Ce qui est commun à ces groupes terroristes, c'est la servitude des femmes et des filles et le déni de leurs droits. Ces groupes manipulent et exploitent l'inégalité. C'est pour cette raison que nos efforts pour prévenir l'extrémisme violent doivent prioriser l'égalité des sexes », a dit Mme Mlambo-Ngcuka.

 

La cheffe d’ONU Femmes a ajouté que « l'histoire d’Halima souligne la relation entre le manque de pouvoir des femmes et le terrorisme - une jeune femme qui n'avait aucun choix sur ses décisions concernant sa propre vie ».

 

De retour à Bol dans la région du lac Tchad, Halima Yakoy Adam a terminé sa formation d’assistante juridique. Aujourd'hui, elle se considère comme un agent du changement qui sensibilise ses « sœurs » contre le radicalisme et la violence extrême. « Je suis heureux d'avoir une deuxième chance dans la vie et maintenant je veux redonner à ma communauté ».

 

Source:news.un.org