Suite à un viol filmé et dont la vidéo est posté sur les réseaux sociaux, le Ministère  de la Femme fait disperser par la gendarmerie, un sitting organisé ce jeudi 4 octobre 2018 par les Organisations de Défense des Droits des Femmes et de l’Homme pour demander que des actions soient menées par le Gouvernement en réaction de cet acte immonde . Nous vous tiendrons informé de la suite

 

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http://societecivilemedia.com/5300-2/

 

Mémorandum des Organisations de Défense des Droits de l’Homme du Togo

 

Depuis quelques jours, circulent sur les réseaux sociaux, des vidéos montrant un homme qui tente d’imposer à une jeune fille en pleurs, des relations sexuelles par voie anale. Cette jeune fille a, à plusieurs reprises, tenté de faire comprendre à son partenaire qui filmait la scène, son refus de s’adonner à cette pratique sexuelle. D’autres vidéos du genre, montrent des filles dont la nudité est exposée au mépris du respect de leur intimité, de la dignité de l’être humain en général, et de la femme en particulier. 

 

Pire encore, ces vidéos sont également postées sur des sites pornographiques toujours sans le consentement des filles concernées.

Nous, personnes morales et physiques signataires de ce mémorandum, sommes particulièrement choquées par le caractère humiliant et dégradant de ces images vis-à-vis des victimes et de la femme togolaise, et le peu de considération que l’homme sur une des vidéos semble accorder au refus manifeste de la jeune fille, preuve d’une absence de consentement.

 

Les éléments ci-dessus évoqués nous rappellent malheureusement que ce ne sont pas des cas isolés.  Les violences sexuelles semblent gagner de l’ampleur dans notre pays. En effet, selon l’Enquête Démographique et de Santé (EDST III, 2013-2014), la plus récente sur la question, environ 11% de jeunes filles et femmes togolaises âgées de 15 à 49 ans, toutes ethnies et catégories sociales confondues, affirment avoir subi, à n’importe quel moment de leur vie des violences sexuelles. Il en ressort d’ailleurs que les auteurs de ces actes de violence sont, dans la plupart des cas, des personnes connues, mari, conjoint ou petit ami et que c’est seulement dans moins de 20% de cas où l’auteur de la violence sexuelle est un parfait inconnu.

 

En dehors de ces statistiques, d’autres agressions sexuelles sur des petites et jeunes filles, notamment des actes de pédophilie, d’inceste, de harcèlement sexuel et de viol, sont de plus en plus signalées et enregistrées par les institutions et organisations de protection des droits des femmes.

Partant de cet état des lieux, Nous, personnes morales et physiques, signataires de ce mémorandum, nous SENTONS INTERPELLEES par la banalité avec laquelle ces vidéos et images sont publiées et partagées sur les réseaux sociaux sans considération ni des conséquences émotionnelles et psycho-sociales que cela pourrait occasionner auprès des intéressées, encore moins des effets néfastes sur d’autres personnes, en particulier les enfants qui pourraient être exposés à ces images.

Nous voudrions rappeler que :

  • la personne humaine est la plus précieuse des ressources dont dispose un Etat. A cet égard, les autorités togolaises doivent veiller à la sauvegarde du capital humain, premier pilier du développement. L’engagement pris à travers la loi fondamentale, les instruments régionaux et internationaux de garantir et protéger la dignité de la personne humaine, concerne chaque citoyen et citoyenne du Togo et nul ne saurait être laissé pour compte ;
  • les traitements cruels, inhumains et dégradants, les violences volontaires et autres actes d’agression de nature à porter atteinte à l’intégrité physique ou psychologique de la personne contre laquelle ils sont dirigés ou de graves souffrances mentales ou physiques, sont punies par le Code Pénal Togolais ;
  • les relations sexuelles, même au sein d’un couple, doivent être consensuelles et librement acceptées ; l’absence de consentement transforme l’acte en un viol, passible de réclusion criminelle ;
  • la publication de ces vidéos et images porte atteinte à l’image, à l’intégrité, à la dignité et à l’honneur des victimes et de la femme togolaise, et perturbe gravement l’ordre moral établi dans un contexte où la nudité est sacrée ; il s’agit de la violation de l’intimité de la personne, infraction punie par la loi togolaise
  • Nul n’est au-dessus de la loi ; tout contrevenant aux dispositions légales s’expose à des sanctions et doit être puni pour éviter l’impunité des actes de violences au TOGO.

Afin de lutter contre cette nouvelle forme de fragilisation de notre société et dans le but de renforcer la protection des femmes et des filles contre ces graves violations de leurs droits humains, Nous nous engageons à :

  • lancer une pétition nationale contre l’impunité des violences faites aux femmes en général et les violences sexuelles, en particulier
  • mener une campagne de sensibilisation et de prévention sur les violences et la protection de l’intimité de la personne humaine 

Nous demandons :

  • que la justice togolaise prenne ses responsabilités par l’ouverture d’une enquête dans les plus brefs délais afin d’identifier les auteurs de ces actes, y compris l’auteur de la tentative de viol et que des sanctions soient prises à leur égard afin de rompre avec l’impunité de ces infractions à caractère sexuel;

 

  • que les dispositions pénales protégeant les togolais et togolaises contre la violation de leur intimité soient effectivement appliquées ;

 

  • que tous les présumés auteurs connus des actes de violences sexuelles soient poursuivis et sanctionnés selon la rigueur de la loi afin de dissuader tout autre personne qui serait tentée par ces sombres desseins ;

 

  • que des unités ou cellules spécialisées dans la prise en charge des violences basées sur le Genre, en l’occurrence des violences sexuelles soient mises en place à court terme, dans les commissariats, gendarmeries et auprès des cours et tribunaux pour permettre aux victimes et ou personnes affectées par ces infractions de pouvoir dénoncer les auteurs sans crainte d’être maltraitées, stigmatisées ou  taxées de personnes de mœurs légères;

 

  • qu’une assistance sociale, médicale et un suivi psychologique exonérés de tout frais soient offerts aux survivantes des violences sexuelles ;
  • que des dispositions soient prises afin que les survivantes qui souhaitent conserver l’anonymat soient écoutées et accompagnées moralement et psychologiquement (installation d’une ligne verte, appui conseil en ligne) ;

 

  • qu’un accompagnement juridique et judiciaire gratuit soit offert aux victimes et survivantes de violences sexuelles ;

 

  • que des procédures opérationnelles standards (POS) soient rapidement élaborées et adoptées au niveau national pour une meilleure prise en charge holistique des survivantes de violences basées sur le genre en général, et des victimes de violences sexuelles en particulier ;

 

  • que des dispositions soient intégrées dans l’ordonnancement juridique interne pour permettre aux associations de défense de droits humains et des intérêts collectifs de se constituer partie civile pour certaines infractions bien définies.

Fait à Lomé, le 03 Octobre 2018