Photo ONU/Manuel Elias Le Secrétaire général, António Guterres (centre) informe le Conseil de sécurité sur la question des femmes, la paix et la sécurité

 

 

Devant le Conseil de sécurité le jeudi 25 octobre 2018, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a estimé que, malgré d'importants progrès, la participation des femmes aux processus de paix officiels reste extrêmement limitée.

 

« Entre 1990 et 2017, les femmes ne représentaient que 2% des médiateurs, 8% des négociateurs et 5% des témoins et des signataires dans tous les processus de paix importants », a-t-il relevé lors d’un débat du Conseil sur le rôle des femmes dans la paix et la sécurité et l’impact positif de leur émancipation politique et économique. 

 

Le chef de l’ONU a déploré que les conflits continuent d’avoir un effet dévastateur sur les femmes et les filles, l’ONU ayant documenté plus de 800 cas de violence sexuelle liée aux conflits en 2017, « soit une hausse de 56% depuis 2016 ». 

 

António Guterres a également constaté que le financement de programmes visant à promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes dans les pays en conflit ne représente que 5% de l’aide bilatérale totale à ces pays. « Chaque année, nous prenons des engagements louables, mais ils ne bénéficient pas du soutien financier et politique requis », a regretté le Secrétaire général.

 

Rappelant que la parité hommes-femmes a le plus grand impact potentiel sur l’efficacité et la crédibilité des opérations de l’ONU sur le terrain, António Guterres a annoncé la création d’un groupe de travail afin de mettre en place des mesures d’urgence en vue d’augmenter la présence des femmes qui ne représentent que 4% des soldats de la paix et 10% des effectifs de la police.

 

« J’ai créé un groupe de travail de haut niveau chargé d’examiner notre financement en matière d’égalité entre les sexes, notamment dans les domaines de la paix et de la sécurité », a-t-il dit. « Je tiendrai les entités des Nations Unies responsables de leurs engagements en matière de suivi des dépenses consacrées aux femmes, à la paix et à la sécurité, avec l’objectif d’atteindre ou de dépasser 15% d’ici à 2020 ». 

 

Il reste beaucoup à faire pour que les femmes participent aux processus de paix

 

Dans son intervention lors du débat au Conseil, le chef de l'ONU a estimé que malgré la participation d’organisations de femmes aux processus de paix notamment en Guinée-Bissau, en République centrafricaine, au Mali, en Syrie, au Yémen ou encore en Colombie, il reste beaucoup à faire.

 

Il a réaffirmé sa détermination à renforcer la parité hommes-femmes pour accroître l’efficacité et la crédibilité des opérations de l’ONU sur le terrain, et ainsi mieux relever les défis internationaux.   

 

« Ici même à l'ONU, le Fonds pour la paix et l'action humanitaire pour les femmes fournit des ressources aux organisations de femmes qui en ont besoin. Le Fonds pour la consolidation de la paix investit plus de 30% de ses ressources dans les programmes d'égalité des sexes. Et un nombre croissant de donateurs consacre des fonds à l'égalité des sexes  », a-t-il dit. 

 

Le Secrétaire général s’est également félicité que près de 100 États Membres aient signé avec l’Organisation des accords volontaires pour lutter contre l’exploitation et les abus sexuels, et a appelé les autres à les rejoindre.

 

ONU Femmes dénonce l'échec d'intégration des femmes dans le maintien de la paix

 

De son côté, la Directrice exécutive d’ONU Femmes, Phumzile Mlambo Ngcuka a dénoncé « l’échec d’intégration des femmes dans le maintien de la paix ».

 

« Les femmes ne peuvent pas être exclues des processus de paix uniquement parce qu’elles n’ont pas participé aux combats », a-t-elle estimé. Prenant l’exemple du Soudan du Sud, elle a expliqué qu’après la signature de l’Accord revitalisé sur la résolution du conflit, et en dépit de l’objectif d’atteindre des quotas minimum de 35% de femmes dans les institutions, il n’y a qu’une seule femme parmi les membres du Comité national pré-transitionnel, chargé de suivre la mise en œuvre de cet accord. « C’est un taux de 10% et non 35% », a-t-elle dit.

 

La cheffe d’ONU Femmes a noté que les indicateurs annuellement relevés en matière de processus de paix et de médiation stagnent, quand ils ne chutent pas, et que les efforts sont superficiels pour intégrer les femmes dans les processus, celles-ci étant fortement marginalisées dans les institutions chargées de mettre en œuvre les accords de paix. 

 

Au Mali, on compte à peine 3% de femmes dans les multiples comités nationaux créés pour surveiller la mise en œuvre de l’Accord de paix. En République centrafricaine, les efforts de médiation ne portent que sur les 14 groupes armés et la présidence ; ils excluent complètement les femmes.

 

Mme Mlambo Ngcuka a déclaré qu’il y avait cependant des motifs de satisfaction, notamment le fait que les décisions du Conseil de sécurité relatives aux situations spécifiques de pays ou de régions contenaient de plus en plus d’expressions relatives aux femmes.

 

Le nombre de femmes présentant des exposés au Conseil de sécurité est également en augmentation, s’est réjouie la Directrice exécutive d’ONU Femmes. Mais de son point de vue, il y a encore des marges de progrès possibles, dans le contexte du 20e anniversaire de la résolution 1325 (2000) sur les femmes, la paix et la sécurité, qui sera célébré en 2020.

 

Source:news.un.org