ONU Femmes//Ryan Brown Sara Siebert, directrice du programme « Repenser le pouvoir » avec l’ONG Beyond Borders qui lutte contre les violences faites aux femmes en Haïti

 

 

En Haïti, Sara Siebert mobilise les communautés pour mettre fin aux violences faites aux filles et aux femmes. ONU Info l’a rencontrée en marge de la 63e session de la Commission de la condition de la femme organisée au siège des Nations Unies du 11 au 22 mars 2019.

 

« Il y a un proverbe haïtien qui dit : ‘tes voisins sont ta famille’ ». La famille de Sara Siebert, ce sont les communautés avec lesquelles elle travaille aujourd’hui à Jacmel, sur la côte sud d’Haïti. Dans cette ville de plus de 26.000 habitants à trois heures de route de la capitale Port-au-Prince, cette Américaine de 40 ans dirige Rethinking Power (Repenser le pouvoir) - un programme pour lutter contre les violences liées au genre avec l’organisation Beyond Borders.

 

L’ONG, présente en Haïti depuis le début des années 1990, s’efforce de promouvoir davantage de justice sociale au sein de la population haïtienne en aidant à mettre fin aux violences faites aux femmes et au filles, à éliminer l’esclavage des enfants, à mettre en place des moyens de subsistance durables pour la population et à assurer une éducation pour tous.

 

« En Haïti, les femmes et les filles sont victimes des mêmes formes de violences que l’on constate ailleurs dans le monde », explique Sara Siebert. « Lorsque les gens se retrouvent dans des situations de désespoir, notamment de pauvreté économique, les femmes et les filles sont celles qui souffrent le plus ».

 

Faire en sorte que les filles puissent rester à l’école et que les femmes soient dans une relation de couple exempte de violence, « ce sont quelques-uns des problèmes auxquels les femmes haïtiennes sont toujours confrontées », dit-elle.

 

Impliquer les hommes dès le début

 

Le travail de Sara Siebert repose sur la méthodologie SASA qui consiste à mobilisation les communautés dans leur ensemble. Dans cette méthodologie, d’abord expérimentée en Ouganda, les femmes et les hommes sont impliqués ensemble dès le début pour éliminer les violences conjugales.

 

« Le langage que nous utilisons est celui du pouvoir parce que chacun d’entre nous sait ce que c’est que d’être privé de pouvoir », dit-elle. Hommes et femmes sont invités à discuter du pouvoir et comment l’utiliser ensemble de manière positive.

 

« On aide à la fois les femmes et les hommes à comprendre les avantages pour eux, pour leurs familles et pour leurs communautés lorsque ce pouvoir est utilisé sans violence et cela résonne dans l’esprit des femmes et des hommes et ils s'engagent pour créer le changement », dit-elle.

 

Faire reconnaître aux hommes que les femmes sont leurs partenaires sur un pied d’égalité, une idée pas toujours facile à faire accepter aux hommes au début, reconnait Sara Siebert. « Lors de la première conversation, cela peut ne pas être facile pour eux de comprendre, mais en voyant d’autres hommes comme eux, des hommes en qui les communautés font confiance - qu’ils soient leaders religieux, agents de santé, journalistes, des voisins - en parlant entre eux, avec le temps les conversations montrent que c’est dans l’intérêt de tous, lorsque la violence cesse et que les hommes et les femmes équilibrent le pouvoir dans leurs foyers ».

 

Photo ONU/Logan Abassi

Une famille haïtienne pêche dans sa ferme piscicole dans le centre du pays.

 

Pauvreté chronique en Haïti

Pays des Caraïbes touché par plusieurs phases d’instabilité politique et catastrophes tels que des ouragans ou le séisme de 2010, Haïti est touché par une pauvreté chronique. Le pays est classé au 163e rang sur 188 sur l’indice de développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Un contexte difficile mais qui ne rend pas impossible le travail de Sara Siebert.

 

« Il y a des obstacles à l’égalité des sexes à tous les niveaux socio-économiques. La pauvreté est une forme de violence et empêche les gens de progresser », reconnait-elle. « Mais la culture haïtienne ne peut se résumer à la pauvreté. Plusieurs facettes de la culture haïtienne portent sur la mémoire de la justice. Haïti est le premier pays à avoir aboli l’esclavage et c’est une histoire qu’elle connait et dont elle est fière. De différentes façons, les Haïtiens affirment et réaffirment leur foi dans les droits de l’homme », dit-elle.

 

En Haïti, la grande solidarité des communautés est une dimension qui a particulièrement touché Sara Siebert. « L’un de nos volontaires a reçu une indemnité pour un travail qu’il avait fait pour nous et la première chose qu’il a fait avec cet argent est d’acheter des sacs de riz pour tous ses voisins », dit-elle. « Dans les situations les plus difficiles, on trouve également des actes de solidarité sur lesquels on peut construire les structures et les réseaux de personnes qui permettront de faire changer les choses ».

 

Sarah Siebert a consacré plus de 20 ans de sa vie à lutter contre les violences faites aux femmes. Pour cette Américaine originaire de l’Etat de l’Iowa, tout a commencé à Ames, une ville de plus de 60.000 habitants du Midwest américain où elle a grandi.

 

« J’avais 14 ans lorsqu’un certain nombre d’amies ont commencé à venir me parler des violences sexuelles dont elles étaient victimes », explique-t-elle. Des témoignages qui l’ont poussée à faire du bénévolat au centre d’aide aux victimes d’agressions sexuelles et de violences conjugales de sa ville.

 

« Je voulais avoir des réponses aux questions que je me posais : pourquoi ces violences se produisent-elles ? Que puis-je dire aux personnes qui viennent me voir ? Comment éviter que ces belles vies promises à un bel avenir soient déchirées par ces violences ? », explique-t-elle.

 

Ces questions, Sarah Siebert les a portées avec elles dans plusieurs endroits du monde où elle a œuvré à mettre fin aux violences liées au genre. D’abord à Los Angeles, dans l’Etat de Californie, puis en dehors des Etats-Unis. Avec différentes ONG, elle a travaillé sur les questions de violences liées au genre au Salvador, au Libéria, au Sierra Leone, en Côte d’Ivoire, en Jordanie, au Soudan du Sud, en Ouganda et aujourd’hui en Haïti.

 

Toutes ces expériences lui ont permis de trouver quelques réponses à ses questions et de découvrir « ce qui marche et ce qui marche mieux ».

 

Forte de toutes ces expériences, Sarah Siebert, croit dans l’élimination des violences faites aux filles et aux femmes. « Il y a des chercheurs qui disent aujourd’hui que l’on peut empêcher les violences et que nous savons comment faire », dit-elle. « Les gens sont intelligents et si nous nous rassemblons, nous parlons, et partageons nos ressources, nous pouvons mettre fin à ces violences ».

 

Inclure les femmes handicapées dans la lutte contre les violences

 

Sarah Siebert participe cette année à sa deuxième Commission de la condition de la femme (CSW). Elle avait participé une première fois à la CSW il y a quelques années en tant qu’interprète anglais-créole pour des femmes activistes haïtiennes. Pour elle, la CSW, constitue « une excellente opportunité de rencontrer des personnes qui travaillent sur les mêmes questions que vous, de comparer quels sont nos défis, nos progrès ».

 

Cette année, Sarah Siebert a pu présenter à la CSW le travail que son ONG a réalisé pour inclure les personnes handicapées haïtiennes dans les méthodologies de lutte contre les violences faites aux femmes et filles en Haïti. Un projet financé par le Fonds des Nations Unies pour mettre fin aux violences contre les femmes et qu’elle a pu partager avec d’autres personnes travaillant sur des questions similaires dans d’autres pays.

 

« Il y a beaucoup de choses que nous n’avons pas encore compris en tant que mouvement (féministe) et la CSW nous permet de partager nos idées et de pouvoir développer nos projets lorsque nous rentrons chez nous », dit-elle.

 

Le message de Sara Siebert pour chaque fille victime de violences ? : « Ne t’isole pas. N’accepte pas ‘non’ en guise de réponse parce que tu mérites le meilleur, d’être aidée, et de vivre une vie exempte de violence », explique-t-elle. « Mais je voudrais surtout l’écouter car l’une des choses les plus importantes que j’ai apprise dans toutes mes expériences est que ce n’est pas moi qui aie toujours la réponse au problème mais souvent ces femmes et filles qui ont subi des choses terribles mais qui savent quelles sont les solutions ».

 

Source: news.un.org

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