Les politiques antidrogues doivent tenir compte des femmes, selon l'Organe international de contrôle des stupéfiants

Malgré les efforts d’éradication et d’éducation, l’usage de drogues, en particulier l’héroïne, continue de proliférer dans certaines parties du Myanmar. Photo: IRIN

 

2 mars 2017 – Alors que les pays font état de hausses disproportionnées de surdoses chez les femmes, l'Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) en appelle aux gouvernements pour qu'ils tiennent davantage compte des différences entre les sexes dans leurs politiques et programmes en matière de drogues.

 

Dans son dernier rapport annuel 2016 publié jeudi, l'OICS souligne que les gouvernements devraient donner la priorité à l'accès des femmes toxicomanes aux soins de santé, et demande que les activités de prévention et de traitement de la toxicomanie chez les femmes soient mieux financées et coordonnées.

 

« Nous voulons changer les perceptions et rappeler à tous, et en particulier aux décideurs, l'importance de la protection des droits des femmes qui font usage de drogues ou qui ont commis des infractions liées aux drogues et des droits de leurs familles », a déclaré le Président de l'OICS, Werner Sipp, dans un communiqué.

 

Les femmes et les filles représentent un tiers des usagers de drogues dans le monde, cet usage étant plus répandu parmi les femmes des pays à revenu élevé. Cependant, un cinquième seulement des personnes traitées sont des femmes, car elles se heurtent à d'importants obstacles systémiques, structurels, sociaux, culturels et personnels lorsqu'elles veulent accéder à un traitement pour toxicomanie.

 

Par rapport aux hommes, les femmes ont beaucoup plus de probabilité de se faire prescrire des narcotiques et des anxiolytiques et donc de faire abus de ces médicaments. Ainsi, l'Allemagne et la Serbie ont indiqué que les surdoses mortelles de médicaments délivrés sur ordonnance sont plus fréquentes chez les femmes. En outre, des pays comme le Royaume-Uni ont constaté de plus fortes hausses des surdoses (toutes substances confondues) chez les femmes que chez les hommes.

Le nombre de femmes arrêtées pour des infractions liées aux drogues a considérablement augmenté

 

Les détenues et les travailleuses du sexe sont particulièrement exposées au risque d'usage de drogues. Le nombre de femmes arrêtées pour des infractions liées aux drogues a fortement augmenté et, une fois emprisonnées, les femmes consomment de la drogue plus souvent que les hommes. Par ailleurs, il existe un lien étroit entre le travail du sexe et la consommation de drogues. Certaines femmes se livrent au commerce du sexe comme moyen de pourvoir à leur consommation de drogues, tandis que les travailleuses du sexe peuvent recourir à la drogue pour faire face aux exigences et à la nature de ce travail.

 

Les infections au VIH et les troubles mentaux sont plus fréquents chez les femmes toxicomanes. Pour les détenues en particulier, la séparation d'avec leurs communautés, foyers et familles a des incidences très préjudiciables et accroît le risque de dépression et de troubles anxieux.

 

Le Rapport souligne l'importance des programmes de prévention ciblant spécialement les détenues, les femmes enceintes, les personnes vivant avec le VIH/sida et les travailleuses du sexe. L'OICS demande aux États membres de recueillir et communiquer des données pour permettre de mieux comprendre les besoins spécifiques des femmes toxicomanes, afin d'améliorer la prévention, le traitement et la réadaptation.

La lutte contre la drogue ne peut se limiter à des actions répressives

 

Dans son dernier rapport, l'OICS condamne les sanctions extrajudiciaires visant des personnes soupçonnées d'activités illicites liées à la drogue et demande aux États d'abolir la peine de mort pour les infractions liées aux drogues.

 

L'organe déplore que dans de nombreux États, les politiques de lutte contre les infractions liées à la drogue, y compris la détention pour consommation personnelle, reposent essentiellement sur une action répressive de la justice pénale, qui consiste notamment à engager des poursuites et à recourir à l'incarcération.

 

Les mesures de substitution telles que le traitement, la réadaptation et l'intégration sociale restent sous-utilisées. L'OICS souligne que les traités relatifs au contrôle des drogues n'imposent pas d'incarcérer les personnes qui font usage de drogues ou qui commettent des infractions mineures liées aux drogues.

 

L'OICS encourage les États où le nombre de personnes arrêtées et incarcérées pour des infractions mineures liées à la drogue est élevé à envisager d'adopter des mesures non punitives plutôt que d'autoriser l'utilisation du cannabis à des fins non médicales, ce qui pourrait se révéler contreproductif et est incompatible avec les obligations juridiques internationales.

 

L'OICS se félicite du fait que de nombreux États considèrent désormais l'usage de drogues et la toxicomanie comme un problème de santé publique appelant des réponses axées sur la santé.

 

Source: unnewstraker

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