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« Je n’arrêterai jamais de raconter mon histoire » : Lutter contre la culpabilisation des victimes d’agression sexuelle

« Je n’arrêterai jamais de raconter mon histoire » : Lutter contre la culpabilisation des victimes d’agression sexuelle

Imaginez endurer une attaque sexuelle terrifiante. Couverte de bleus et choquée, vous racontez ce qui est arrivé à la police uniquement pour qu’on vous demande : mais comment étiez-vous habillée ?

« Une robe bleue, des collants noirs et des bottes. C’est ce que je portais », a raconté Jessica Long, une survivante de violences sexuelles qui fait campagne depuis six ans pour les droits des survivantes. « C’est ce que je portais le soir où j’ai été droguée. J’ai été violée. Et on m’a abandonné mourante ».

Cette question et d’autres questions insultantes sont constamment posées aux victimes traumatisées dans le monde entier – en les accusant du crime commis contre elles.

Pour mettre en évidence la culpabilité qu’on fait peser sur les victimes qui sous-tend ce genre de questions, l’organisation américaine de défense des droits civiques Rise s’est associée à l’initiative Spotlight des Nations Unies pour organiser une exposition au siège de l’ONU à New York, « Comment étiez-vous habillée ? », qui confirme l’omniprésence de la violence sexuelle dans toutes les cultures et souligne que ce que la victime porte ne devrait avoir aucune incidence sur l’enquête sur un crime odieux.

ONU Info/Elizabeth Scaffidi

L’exposition « Comment étiez-vous habillée ? » au siège de l’ONU à New York.

Un problème universel

La violence sexuelle est un problème universel qui exige une plus grande reconnaissance internationale.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 35% des femmes dans le monde, soit plus d’un tiers de la population mondiale, ont survécu à la violence sexuelle.

Cela équivaut aux populations combinées de l’Amérique du Nord et de l’Europe. Le viol est une épidémie.

Le vêtement est sans importance, il n’est jamais une invitation à la violence et ne provoque pas d’attaques. Les auteurs les commettent.

« Ce que je portais ne devrait pas avoir d’importance », a déclaré la survivante Samantha McCoy, avocate et militante de l’Etat du Texas, aux Etats-Unis.

Depuis 2018, grâce à son travail inlassable, Samantha a réussi à plaider en faveur d’une nouvelle législation sur la question, au Texas et dans l’Indiana. Et elle continue de demander une réforme juridique, au nom de toutes les survivantes.

Lors de l’inauguration de l’exposition, la Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, Amina J. Mohammed, a observé qu’en posant la question : Comment étiez-vous habillée ? Cette exposition inverse le discours qui force les victimes à se sentir coupables et honteuses.

Elle montre « plus clairement que n’importe quel argument juridique ne pourrait le faire, que les femmes et les filles sont attaquées indépendamment de ce qu’elles portent », dit-elle.

Spotlight Initiative

Un moment de communion lors de l’inauguration de l’exposition « Comment étiez-vous habillée ? ».

« Personne ne devrait être agressé en raison de son choix de vêtements »

Le Président de l’Assemblée générale des Nations Unies, Abdulla Shahid, a déclaré que l’exposition « soulignait la réalité que la menace de viol plane sur la vie de toutes les femmes, quel que soit leur statut dans la vie… leur profession, [ou] leurs choix vestimentaires ».

« Cette exposition devrait être un catalyseur pour stimuler des conversations importantes sur notre responsabilité collective d’éliminer la violence à l’égard des femmes et des filles », a-t-il ajouté.

Représentant chacun des cinq groupes régionaux des Nations Unies, les mannequins portaient les tenues portées par des femmes lorsqu’elles ont été victimes d’agressions sexuelles – 103 en tout, symbolisant les 1,3 milliard de survivantes de violences sexuelles à travers le monde.

« Elles étaient portées par des femmes et des filles qui vaquaient à leurs occupations quotidiennes – jusqu’à ce qu’elles soient attaquées », a déclaré Mme Mohammed. « Personne ne devrait être agressé en raison de son choix de vêtements ».

La survivante Amanda Nguyen, PDG et fondatrice de Rise, a souligné que « ce que nous portions au moment de notre attaque n’était pas une invitation à la violence… n’a pas causé l’attaque… Ce n’est pas pertinent ».

« En répondant avec audace à la question et en montrant au monde ce que nous portions, nous voyons une opportunité d’ouvrir les esprits et de changer les attitudes sur ce à quoi ressemble une agression sexuelle », a-t-elle expliqué.

Spotlight Initiative

Amanda Nguyen, survivante d’une agression sexuelle PDG et fondatrice de Rice, à l’inauguration de l’exposition « Comment étiez-vous habillée ? » au siège de l’ONU à New York.

Changer les mentalités

Le projet met en lumière le courage et la résilience des survivantes. Et afficher à l’intérieur du siège de l’ONU la réalité viscérale et banale des agressions sexuelles ajoute une couche puissante de symbolisme international.

La survivante Kadijatu Grace estime avoir la « chance » de pouvoir parler au nom de celles qui ne le peuvent pas, « comme la jeune Khadija, mon homonyme, qui a été violée et tuée il y a deux ans ».

Elle a rappelé que lorsque la guerre civile a éclaté en Sierra Leone, les rebelles ont enlevé et violé des filles. Alors âgée de 13 ans, la mère de la jeune adolescente lui achète un billet de bateau et en désespoir de cause, confie la fuite de Kadijatu à un inconnu.

« Il m’a emmené là où se trouvaient les moteurs pour que personne ne m’entende, m’a étranglé, a mis mes mains derrière mon dos, m’a bourré la bouche avec sa chemise, a averti qu’il me ferait passer par-dessus bord si je parlais et a menacé de revenir et de tuer mon mère », raconte-t-elle.

Je ne peux pas changer ce qui m’est arrivé cette nuit-là, mais je peux travailler pour changer le système

Cela a pris du temps, mais Kadijatu a finalement pu reconnaître qu’elle avait été violée sans que ce soit sa faute.

« Vous pensiez que vous m’aviez brisé, mais vous m’avez donné une plate-forme », a-t-elle déclaré triomphalement. Désormais, « je ne cesserai jamais de raconter mon histoire ». En 2019, Britney Lane a été agressée sexuellement par un collègue lors d’une soirée entre amis.

« J’ai répété mon histoire plusieurs fois ce jour-là, en commençant par la police locale et en terminant par le personnel de deux hôpitaux différents. La première question que m’ont posée presque tous les policiers et médecins était : comment étiez-vous habillée ? »

Au moment de l’attaque, l’officier qui a pris sa déposition a déconseillé à Britney de porter plainte, affirmant qu’il ne semblait pas y avoir suffisamment de preuves.

« Comme beaucoup d’autres survivantes, j’étais remplie d’embarras, de honte et de culpabilité », a-t-elle déclaré. « Je ne peux pas changer ce qui m’est arrivé cette nuit-là, mais je peux travailler pour changer le système ».

« Je me sentais si seule »

Amanda se souvient encore d’avoir passé six heures à l’hôpital la nuit après avoir été violée. « Je me sentais si seule ».

La première fois qu’elle a raconté son histoire à des fonctionnaires, la femme qui a ensuite fondé Rise est rentrée chez elle et a pleuré. « Ils s’en fichaient. Mais le lendemain matin, je me suis relevée et j’ai recommencé ».

En route pour parler au Congrès, le chauffeur Uber d’Amanda a demandé où elle allait. Après avoir été informé, il s’est mis à pleurer, révélant que sa fille avait également été violée.

« Puis-je te serrer la main ? » demanda-t-il à leur arrivée. « Merci beaucoup de vous battre pour ma fille ».

Bien que des manifestants défilent dans le monde entier pour réclamer justice pour les survivantes et que les hashtags, tels que #MeTo, soient devenus massifs sur les réseaux sociaux, l’Assemblée générale des Nations Unies n’a pas encore adopté de résolution axée uniquement sur la protection des survivantes de violences sexuelles.

Elle a cependant adopté à l’unanimité un nouveau point de l’ordre du jour qui consacre l’accès à la justice pour les victimes d’agressions sexuelles et l’inscrit en permanence à l’agenda de l’Assemblée pour qu’il soit discuté chaque année par les États membres de l’ONU.

Dans le même temps, une résolution a été rédigée, qui fournirait une compétence universelle pour poursuivre les infractions, la possibilité de mettre fin aux liens juridiques avec l’agresseur et la possibilité de signaler le crime sans coût financier pour la survivante.

Source :news.un.org

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