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La crise de la COVID-19 l’a démontré : l’avenir des allocations aux ménages sera numérique

La crise de la COVID-19 l’a démontré : l’avenir des allocations aux ménages sera numérique

La numérisation des transferts de l’État aux particuliers (ou « G2P » selon leur acronyme en anglais) est un enjeu transversal. C’est pourquoi l’initiative G2Px (a), lancée par le Groupe de la Banque mondiale afin d’améliorer et de généraliser ces modes de paiement, met en commun le savoir et la compétence de divers services et pôles d’expertise dans les champs de la protection sociale, de l’inclusion financière, du développement numérique, de la gouvernance et de l’égalité hommes-femmes. Voici un billet signé par trois directeurs mondiaux en charge des pôles Développement numérique, Protection sociale et emploi, et Finance, compétitivité et innovation.

La crise de la COVID-19 a montré l’importance des infrastructures publiques numériques, essentielles pour que les États puissent délivrer rapidement des prestations sociales et en toute sécurité.  En effet, elles leur ont permis non seulement d’atteindre un nombre sans précédent de nouveaux bénéficiaires, mais aussi de leur verser des aides à distance. C’est ainsi que des millions de personnes ont eu pour la première fois accès au système de protection sociale et aux services financiers. Forts de cette expérience, les pays ont désormais l’occasion de poursuivre sur leur lancée et mettre en place des écosystèmes de paiement « G2P » (c’est-à-dire de l’État aux particuliers) efficaces, réactifs et inclusifs.

En raison de la baisse de l’activité économique pendant la pandémie, les pouvoirs publics ont dû apporter leur soutien à un grand nombre de personnes, notamment parmi les populations urbaines du secteur informel, qui ne bénéficiaient en général d’aucun programme d’aide sociale existant.

Le développement de mécanismes d’assistance s’est heurté à deux difficultés : il fallait, d’une part, identifier les personnes ayant besoin d’assistance et, d’autre part, effectuer des versements rapides et sécurisés  dans un contexte de pandémie. Comme l’indique notre nouveau rapport publié dans le cadre de l’initiative G2Px, sous le titre The role of Digital in the COVID-19 Social Assistance Response, les pays qui ont surmonté au mieux ces deux difficultés ont su tirer parti de leurs infrastructures numériques déjà en place, qu’il s’agisse de banques de données, de systèmes d’identification ou de systèmes de paiement.

Atteindre de nouveaux bénéficiaires, une véritable gageure

Inscrire de nouveaux bénéficiaires en pleine pandémie et en établir l’éligibilité était une gageure. Ainsi, il s’est souvent avéré difficile d’identifier les travailleurs de l’économie informelle en milieu urbain, et plus généralement les personnes nouvellement vulnérables et nécessitant donc une aide sociale, parce qu’ils étaient absents des fichiers existants. Dans l’ensemble des pays à revenu faible ou intermédiaire, on estime à 1,7 milliard le nombre de personnes vivant au sein de ménages bénéficiaires d’allocations liées à la crise de la COVID. Et, dans la plupart des régions, plus de la moitié d’entre elles n’avaient jusque-là jamais perçu d’aides publiques.

Pour les pays disposant déjà de systèmes d’identification et de banques de données numériques, il a été plus facile d’enregistrer de nouveaux bénéficiaires et d’en déterminer l’éligibilité.  Ces systèmes ont rendu possible de comparer, de manière sécurisée et respectueuse des données privées, les informations contenues dans différentes bases afin de déterminer l’éligibilité des éventuels bénéficiaires et de vérifier leur identité à tout stade du processus. En Thaïlande, par exemple, les demandeurs d’aides sociales dans le cadre des mesures COVID ne se sont vu demander, pour l’établissement de leur dossier en ligne, que leur numéro d’identité national (en plus de renseignements démographiques de base, à des fins de vérification d’identité). Ce numéro a suffi pour effectuer des vérifications dans diverses bases de données et pour valider dans de brefs délais les demandes de plus de la moitié de la population en âge de travailler.

Dans les pays où il n’a pas été possible d’effectuer, à l’aide de bases de données ou de systèmes d’identification existants, de vérifications concernant les personnes inscrites en ligne, seuls 16 % en moyenne des bénéficiaires potentiels ont reçu une aide. À l’inverse, les pays disposant au préalable de fichiers informatisés, qui procurent un échange d’informations fiable, ont touché 51 % de leur population.

Les États dépourvus d’infrastructures publiques numériques ont dû recourir à une collecte d’informations au niveau local, processus lent et susceptible d’erreurs. Aux Philippines, par exemple, des fonctionnaires locaux ont dû recueillir des données auprès de 18 millions de ménages pour que l’État puisse assurer une première campagne de versements, car les registres sociaux n’étaient plus à jour, tandis que PhilSys, le fichier informatique d’identification national, n’était pas encore complet. Il en a résulté des retards de paiement, un nombre considérable de doublons (au moins 5 %) et des difficultés à atteindre de nouveaux bénéficiaires. Cela a incité les autorités à accélérer le déploiement de PhilSys. Rassemblant à ce jour plus de 72 millions de Philippins et piloté par le ministère des Affaires sociales et du Développement, le fichier facilitera à l’avenir les transferts G2P.

La porte ouverte à l’inclusion

Une fois les bénéficiaires inscrits et leur éligibilité vérifiée, les États ont eu un nouveau défi à relever : leur adresser des versements rapidement et en toute sécurité. Nombre de ces pays, dont certains pour la première fois, ont recouru à des méthodes de paiement dématérialisées. Parfois, les transferts se sont effectués sur des comptes bancaires classiques ou des comptes d’argent mobile. Dans d’autres cas, les destinataires ont reçu des bons ou jetons mobiles, qu’ils pouvaient ensuite convertir en argent.

Dans de nombreux pays, l’utilisation de transferts numériques a amené des millions de personnes à ouvrir un compte pour la première fois, ce qui a considérablement accéléré l’inclusion financière.  En Colombie, près de 3 millions de bénéficiaires du programme national d’aide COVID ont touché leurs versements sur un compte, et plus de 1,3 million de nouveaux comptes mobiles ont été ouverts à cette fin. Au Brésil, environ 70 millions de personnes ont bénéficié du programme d’aide, pour lequel le gouvernement a créé un compte d’épargne numérique permettant au détenteur d’accéder à ses fonds à distance. On estime que 40 % de ces bénéficiaires ne possédaient pas de compte avant la pandémie.

Cependant, d’autres pays ont manqué des occasions d’élargir l’inclusion financière. Par exemple, certains ont versé leurs paiements sur des comptes assortis de services restreints ou utilisé des jetons autorisant uniquement le retrait d’espèces, empêchant ainsi les bénéficiaires d’effectuer des règlements et des virements numériques ou d’épargner. Ainsi, le Paraguay a créé 1,5 million de nouveaux portefeuilles électroniques mobiles. Mais ceux-ci, contrairement à ceux proposés au Brésil, offraient des fonctions trop limitées, sans possibilité d’effectuer des virements ou de mettre de côté les sommes perçues.

Lever les obstacles

L’expérience collective des pays qui ont résolument adopté le numérique pendant la pandémie pour le versement de leurs prestations sociales offre une occasion unique de progrès. Mais, pour cela, il faut en tirer des enseignements, mener des actions coordonnées et mobiliser les investissements qui vont avec.

La numérisation des transferts publics aux particuliers a réalisé de considérables avancées pendant la crise de la COVID-19. Mais il reste un long chemin à parcourir pour traduire cela en développement à long terme. Par exemple, si de nombreux pays ont massivement eu recours à des versements dématérialisés pendant la pandémie, ils n’ont pas tous favorisé une multiplication des comptes propre à accélérer l’inclusion financière et à contribuer à l’autonomisation économique des femmes. Par ailleurs, l’utilisation de ces systèmes dans le cadre des mesures de riposte à la COVID-19, temporaires pour beaucoup d’entre elles, ne va pas forcément se reproduire à grande échelle.

Le développement des infrastructures publiques numériques comme moyen de généraliser la numérisation des transferts sociaux à l’ensemble des pays et des programmes nécessitera des actions décisives de la part des acteurs tant publics que privés. Il sera également indispensable de tirer les leçons des réussites et des échecs enregistrés pendant la pandémie, de manière que les futurs programmes soient aptes à soutenir des objectifs de développement à long terme. Ce qui suppose notamment d’améliorer les produits et services financiers et d’augmenter le nombre de points d’accès.

C’est l’occasion ou jamais, pour les États, de s’inspirer de cette expérience pour se doter d’un écosystème digital pour les transferts aux ménages  et, plus généralement, d’infrastructures numériques qui procurent aux pouvoirs publics des gains en efficacité tout en ouvrant des portes aux bénéficiaires. L’enjeu est de mettre en place des canaux qui faciliteront l’accès des allocataires de ces fonds aux services financiers et favoriseront leur inclusion et leur autonomie.

Source: /blogs.worldbank.org/fr

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