NATIONS UNIES, New York – Ce 11 octobre, organisations et militant·e·s du monde entier se rassembleront pour célébrer la Journée internationale de la fille et ainsi mettre en avant les droits, besoins, vulnérabilités, contributions et potentiel de toutes les filles.

 

Le thème de cette journée sera « Ma voix, notre avenir dans l’égalité », car la voix des filles n’est que rarement entendue, que ce soit au sein des institutions de gouvernance, du foyer ou de l’école.

 

Pourtant, on apprend beaucoup de choses quand on daigne écouter les filles…

 

Les filles ne se résument pas à leur corps.

 

Dans le monde entier, les filles voient s’appliquer des restrictions sur leur vie et leur avenir, au prétexte que la société les voit d’abord comme des corps : objets de désir sexuel, porteurs de possibilités de procréation et sources de travail non rémunéré. Elles ne sont vues que secondairement comme des individus avec leur esprit, leurs rêves et leur humanité.

 

C’est ce que l’on constate lorsque les filles sont forcées à abandonner leur scolarité pour s’occuper de leur foyer et de leurs frères et sœurs ; selon l’UNICEF, les filles consacrent en effet 40 % de temps en plus aux tâches domestiques que les garçons, ce qui limite le temps dont elles disposent pour étudier ou avoir des loisirs.

 

C’est que ce l’on constate aussi lorsque les filles sont mariées précocement ou tombent enceintes étant adolescentes. Dans le monde, une fille sur cinq est mariée ou en concubinage avant ses 18 ans. Dans les pays en développement, ce sont au total 20 000 filles âgées de moins de 18 ans qui accouchent chaque jour.

 

On constate toujours la même chose lorsque l’on considère que la mobilité et le type de carrière des femmes sont définis par leur genre.

 

« En grandissant, j’avais l’impression qu’on me coupait peu à peu les ailes », explique à l’UNFPA Amal*, une adolescente syrienne.

 

« Les garçons ont toutes les libertés du monde, mais nous, en tant que filles, nous sommes tenues de respecter bien trop de règles », ajoute Luma*, qui vit également en Syrie. 

 

D’autres, comme Yanal, réfugiée syrienne en Jordanie, veulent être à contre-courant.

 

À l’âge de 16 ans, Yanal a commencé à militer pour l’élimination du mariage d’enfants après avoir entendu parler de cette pratique et de ses dangers dans un centre pour jeunes financé par l’UNFPA, situé dans le camp de réfugiés de Zaatari. Aujourd’hui, elle n’a plus peur de se faire entendre.

 

« Les filles sont déscolarisées et exposées au mariage précoce. On les y force parfois », déclare-t-elle. « Je veux parler à la télévision, sur toutes les chaînes à la fois, et expliquer aux filles que le mariage, c’est dangereux quand on a moins de 18 ans ».

 

Les filles doivent avoir la possibilité de prendre les décisions qui concernent leur corps et leur vie.

 

L’autonomisation des filles est intimement liée à leur santé physique et aux droits qui s’y rapportent.

Avoir la possibilité de se protéger contre des grossesses non désirées et des infections sexuellement transmissibles est en effet essentiel à la garantie de leurs droits et de leur avenir. Les perspectives des filles deviennent bien plus prometteuses lorsqu’elles prennent conscience de leur droit à vivre sans violence ni coercition, et à avoir accès aux soins de santé sexuelle et procréative.

 

Lorsqu’elles disposent de ces informations, les filles ont alors la possibilité de faire les meilleurs choix pour elles et pour leur éventuelle future famille.

 

« Je ne connaissais rien à la grossesse, au VIH et aux IST », raconte Takhona, une adolescente en Eswatini. Depuis, elle a appris à se protéger grâce à un programme très complet d’éducation sexuelle.

 

Elle est aujourd’hui militante et partage ces informations avec d’autres filles. « Je leur souhaite un bel avenir et de meilleures conditions de vie », dit-elle.

 

Lorsque l’on impose des limites aux rêves des filles, c’est le monde entier qui s’appauvrit.

 

Si l’on refuse aux filles la possibilité de réaliser leur plein potentiel, ce ne sont pas les seules à en souffrir. Toute la société s’en trouve appauvrie.

C’est vrai pour toutes les potentielles présidentes, astronautes ou Prix Nobel dont l’éducation a été interrompue ou la carrière freinée. C’est tout aussi vrai pour les filles qui souhaitent avoir un partenaire aimant et une famille en bonne santé. En effet, ces aspirations dites ordinaires peuvent semblent tout à fait extraordinaires à des filles confrontées aux obstacles concomitants de l’inégalité des genres, de la discrimination et de la pauvreté. 

 

Les épouses enfants déscolarisées voient leur revenu potentiel s’effondrer. Les enfants mères et leurs enfants sont en moins bonne santé que les femmes adultes et leurs enfants. Les effets cumulés de tous ces éléments se font sentir sur plusieurs générations.

 

« Dans ma communauté, j’ai bien vu que lorsqu’une fille tombe enceinte, sa vie change du tout au tout », explique Shaina, une jeune militante philippine pour les droits des filles. 

 

En revanche, lorsque les filles ont la force et le soutien nécessaire pour détruire ces obstacles, leur potentiel ne connaît pas de limite.

« Leurs aspirations de vie conduisent les jeunes filles comme moi à se battre, malgré les difficultés rencontrées chaque jour », précise Shaina.

 

La pandémie a rendu les rêves des filles encore plus difficiles à réaliser. Le monde doit redoubler d’efforts pour les soutenir.

 

Nous constatons avec une grande inquiétude que la pandémie de COVID-19 a considérablement mis à mal les efforts pour la protection et l’autonomie des filles.

 

La fermeture des écoles les prive d’une éducation sexuelle correcte. Les confinements et les limitations de déplacements leur empêche l’accès aux services de planification familiale et aux dépistages de santé sexuelle. Les programmes pour l’élimination du mariage d’enfants et des mutilations génitales féminines souffrent de retards et de perturbations.

 

Des modélisations faites par l’UNFPA et ses partenaires indiquent que 13 millions de mariages d’enfants et 2 millions de cas de mutilations génitales féminines supplémentaires pourraient avoir lui d’ici à 2030, à cause des perturbations provoquées par la pandémie. Les filles sont également bien plus vulnérables à la violence basée sur le genre.

 

« Les filles enfermées et non scolarisées sont très vulnérables », déclare le Dr Natalia Kanem, directrice exécutive de l’UNFPA. « Nous ne pouvons pas permettre à la crise actuelle de faire dérailler l’avenir de toute une génération. »

 

Le monde ne doit pas se contenter de soutenir les filles, il doit aussi leur permettre de pleinement participer aux prises de décisions.

« Elles parlent de leurs besoins et de leurs rêves », poursuit le Dr Kanem. « Il est temps pour nous de les écouter. »

 

Lire l'article original sur UNFPA.

 
 

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