PNUD Turquie / Levent Kulu Scène de rue dans le quartier de Beyoglu à Istanbul pendant la pandémie de Covid-19.

Les Nations Unies ont exprimé leurs préoccupations concernant l’annonce par la Turquie de son retrait de la Convention d’Istanbul contre les violences faites aux femmes.

 

Dans un décret publié dans la nuit de vendredi à samedi 20 mars 2021, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé que son pays cessait d'être partie à la Convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique. La Convention dite d’Istanbul avait été ratifiée dans la ville turque du même nom le 11 mai 2011. La Turquie avait été le premier pays à ratifier cette convention l’année suivante. 

 

L’équipe-pays des Nations Unies s’est dit « profondément préoccupée » par cette décision. « La Convention d'Istanbul, ratifiée par le gouvernement de la République de Turquie en 2012, vise à protéger les femmes contre toutes les formes de violence et à prévenir, poursuivre et éliminer la violence à l'égard des femmes et la violence domestique », a-t-elle ainsi rappelé dans un communiqué publié samedi 20 mars 2021.

 

« C'est le premier et le plus complet traité international traitant spécifiquement de ces questions et s'appuie sur les normes consacrées dans la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) », a-t-elle ajouté.

 

ONU Femmes a également partagé les préoccupations exprimées par l’équipe-pays des Nations Unies en Turquie et d'autres partenaires concernant le retrait turc de la Convention d’Istanbul, alors que les États membres de l’ONU sont actuellement réunis dans le cadre de la 65e session de la Commission de la condition de la femme pour faire progresser les normes et standards qui font progresser les droits des femmes.

 

« Cette action intervient à un moment où une action internationale concertée et un engagement pour mettre fin à la violence à l'égard des femmes et des filles sont plus importants que jamais », a déclaré samedi ONU Femmes. Cette dernière cherche à mobiliser une action multipartite et intergénérationnelle encore plus grande sur cette question, « le mouvement des femmes étant clé dans ces efforts ».

 

ONU femmes a exhorté la Turquie à reconsidérer son retrait de la Convention d’Instanbul. L’agence onusienne a souligné l'augmentation des violences signalées à l'égard des femmes et des filles pendant la pandémie de Covid-19 en raison de mesures telles que les confinements et les perturbations des services de soutien vitaux, qui s'ajoutent aux niveaux extrêmes de violence déjà existants réaffirmés dans un dernier rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

 

Dans le contexte de la pandémie, les Nations Unies a rappelé le besoin urgent d’unité et de réponse ferme face à l’accentuation des violences faites aux femmes qualifiée par ONU Femmes de « pandémie de l’ombre ». « La ratification et la mise en œuvre de la Convention d'Istanbul par les États est un engagement crucial dans cette direction », a précisé l’agence onusienne.

 

« Nous nous associons à ceux qui exhortent le gouvernement de la République de Turquie à continuer de protéger et de promouvoir la sécurité et les droits de toutes les femmes et filles, notamment en restant attaché à la pleine application de la Convention d'Istanbul, qui s'appuie sur les normes consacrées dans la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes ainsi que ses recommandations générales et sa jurisprudence », a dit ONU Femmes.

 

38% des femmes turques déjà mariées ont été victimes de violences

 

La violence contre les femmes et les filles est l'une des violations des droits humains les plus répandues dans le monde. On estime que dans le monde, une femme sur trois est soumise à des violences physiques ou sexuelles de la part d'un partenaire intime ou à des violences sexuelles de la part d'un non-partenaire au cours de sa vie - un nombre qui est resté en grande partie inchangé au cours de la dernière décennie.

 

En Turquie, selon la dernière étude nationale sur la violence à l'égard des femmes de 2014, 38% des femmes déjà mariées ont été victimes de violences physiques et/ou sexuelles au cours de leur vie. Dans sa forme la plus extrême, et souvent comme acte final sur un continuum de violence, des centaines de femmes sont assassinées chaque année.

 

« Pour lutter contre cette violation omniprésente des droits de l'homme, des actions concertées et globales aux niveaux politique, législatif et institutionnel sont nécessaires, et la ratification et la mise en œuvre de la Convention d'Istanbul par les États signifient un engagement crucial dans cette direction », a rappelé l’équipe-pays des Nations Unies en Turquie.

 

Un retrait qui risque de compromettre les efforts déjà consentis dans la lutte contre les violences faites aux femmes turques

 

La Turquie a été le premier pays à ratifier la Convention d’Istanbul et a pris des mesures importantes pour aligner sa législation nationale sur elle, notamment en adoptant la loi n° 6284 sur la protection de la famille et la prévention de la violence à l'égard des femmes.

 

« Nous sommes préoccupés par le fait que le retrait de la Convention d'Istanbul compromettrait les efforts considérables investis jusqu'à présent pour prévenir et combattre la violence à l'égard des femmes et pourrait entraver les progrès vers un renforcement supplémentaire des cadres législatifs, politiques et institutionnels nationaux », a dit l’équipe-pays qui exhorte le gouvernement turc à continuer de protéger et de promouvoir la sécurité et les droits de toutes les femmes et filles, notamment en restant attaché à la pleine application de la Convention.

 

« L’ONU en Turquie continuera d'appuyer les efforts du gouvernement, de la société civile et de tous les partenaires nationaux pour faire en sorte que les femmes et les filles vivent à l'abri de la violence, conformément au principe de l'égalité des sexes et à l'engagement de ne laisser personne de côté », a conclu l’équipe-pays. 

 

Source:news.un.org

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