Cette affiche murale, vue en 2017 dans une rue de Kaboul, en Afghanistan, dénonçait les violences trop souvent infligées aux femmes et aux filles dans ce pays. © 2017 ArtLords

Que présage le retour au pouvoir des talibans pour les droits des femmes dans ce pays ?

 

Extraits d’un article paru en anglais dans Instick.

« Peut-on faire confiance aux talibans quant aux droits des femmes ? » était une question fréquemment posée par les journalistes, ces dernières années. La réponse était déjà « non », même avant leur retour au pouvoir. Aujourd’hui, les actions des talibans sont redevenues une réalité auxquelles les femmes et les filles afghanes sont confrontées.

 

Au cours de la dernière décennie, tandis que les talibans élargissaient peu à peu leur contrôle sur plusieurs territoires dans le pays, on entendait souvent dire que les femmes afghanes devaient faire face à un avenir incertain, Le 16 août, l'incertitude a partiellement pris fin, et a été remplacée par l’angoisse et le désespoir. La veille, le président Ashraf Ghani a fui l’Afghanistan et les talibans, après avoir saisi le contrôle de la majeure partie du pays, ont fait leur entrée triomphale dans la capitale, Kaboul.

 

Ces jours-ci, les talibans communiquent sur Twitter, ce qui n’était pas le cas auparavant. Mais hormis de telles nouveautés, ils n'ont pas beaucoup changé. Certes, en souhaitant améliorer leur image face à la communauté internationale lors des négociations à Doha, au Qatar, ils ont modifié leur rhétorique sur les droits des femmes. Ils ont affirmé qu’ils permettraient aux femmes de travailler, et aux filles d’étudier, mais ces promesses étaient généralement accompagnées de conditions vaguement formulées, comme « d’une manière autorisée par l'islam ».

 

Lors du premier règne des talibans en Afghanistan, de 1996 à 2001, le monde entier a eu un aperçu de leur vision extrémiste ce qui est autorisé selon l'islam. Les talibans ont interdit presque toute forme d’éducation pour les filles et jeunes femmes ; ils ont imposé des sanctions telles que la lapidation, la flagellation et l'amputation ; et ils ont confiné les femmes chez elles, à moins d’être accompagnées par un membre masculin de la famille. Les talibans ont refusé aux femmes l'accès à la plupart des emplois. Souvent, même une simple promenade leur était interdite.

 

Ces dernières semaines, alors que les forces talibanes déferlaient triomphalement à travers le pays, l’image de « modération » semblait se dissiper. Des reportages alarmants ont fait état de fermetures d'écoles, de restrictions à la liberté de circulation, et de décrets contraignant des femmes à quitter leur emploi. Le porte-parole des talibans a assuré que les droits des femmes seraient respectés, mais ceci ressemble de plus en plus à des paroles creuses.

 

Les pays ayant annoncé leur départ de l'Afghanistan ont affirmé leur intention d’y maintenir une influence, selon les besoins des talibans en matière d'aide au développement, ou leur désir de légitimité et de reconnaissance. Des sanctions soigneusement ciblées, le rattachement de conditions à toute forme d’aide, ainsi que le rôle joué par le Conseil de sécurité de l'ONU, la Cour pénale internationale, et la Mission des Nations Unies pour l'assistance en Afghanistan présentent d'autres opportunités – s’il s’avère que les talibans sont sensibles à une telle influence.

 

La boîte à outils de la communauté internationale est limitée, et sa volonté politique est discutable. Mais aussi choquantes que fussent les abus des talibans contre les femmes en 2001, elles le sont encore plus aujourd'hui. Partout dans le monde, les femmes ont lutté pour leurs droits, avec des succès inégaux mais importants. Au cours des 20 dernières années, les femmes et les filles afghanes ont joui d'une certaine liberté et en exigent davantage. Se tenir aux côtés des femmes afghanes dans leur lutte, trouver des outils pour faire pression sur les talibans, et faire preuve de la volonté politique requise, tout ceci représente le minimum que la communauté internationale devrait faire.

 

Texte complet en anglais : en ligne ici.

 

Source:hrw.org

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