NATIONS UNIES, New York – Les technologies numériques sont l’instrument d’une croissance et d’une innovation explosives, et créent des connexions dans le monde entier. Ces outils sont cependant aussi à l’origine de nouvelles inégalités. Les adolescentes sont moins susceptibles d’utiliser internet que leurs camarades masculins, et dans certains pays, les garçons utilisent internet quatre fois plus que les filles. Celles-ci sont aussi moins susceptibles d’avoir des téléphones portables.

 

Certain·e·s voient les obstacles à l’accès à ces technologies comme une protection contre les cyberprédateurs. Éloigner les filles des outils numériques limite pourtant leur accès à des informations essentielles et à des services fondamentaux, et les prive de la possibilité de prendre des décisions éclairées qui concernent leur vie, leur corps et leur avenir. Le 11 octobre prochain, à l’occasion de la Journée internationale des filles, l’UNFPA appelle les responsables politiques à s’assurer que les filles soient autonomes au sein de leur communauté mais également dans le monde numérique. Cela passe à la fois par l’extension de leur accès à ces technologies et par la mise en place de garde-fous pour empêcher l’exploitation et les abus.

 

« Au lieu de tolérer un monde numérique qui ne fait que renforcer les inégalités, nous devons utiliser ces outils pour mettre fin aux disparités de pouvoir qui désavantagent les filles. Il faut nous servir de ces technologies pour aider les filles à bénéficier de leurs droits et à garantir leur autonomie corporelle », a déclaré la directrice de l’UNFPA, le Dr Natalia Kanem, dans une déclaration à l’occasion de cette Journée.

 

Dans le monde entier, l’UNFPA travaille avec les filles au développement d’outils numériques qui proposent des services et des informations en matière de santé sexuelle et reproductive à celles qui en ont le plus besoin. 

 

Des informations pour l’autonomie

Des données récentes permettent d’estimer que seulement 55 % des femmes et des filles sont en mesure de prendre leurs propres décisions sur les rapports sexuels, la contraception et la santé. Trop peu d’adolescent·e·s ont accès à une éducation complète à la sexualité.

 

« À cause de connaissances limitées en matière de planification familiale et de problèmes d’accès aux services, les jeunes filles comme moi tombent enceintes plus jeunes », explique Enkhmaa Baatarkhuu, une Mongole de 18 ans, qui a cessé sa scolarité après être tombée enceinte au début du lycée. 

 

Les outils numériques peuvent combler ces écarts. Mme Baatarkhuu a récemment aidé l’UNFPA à tester un chatbot du nom de Mandukhai, qui aide les utilisatrices à trouver des informations et des services de santé sexuelle et reproductive. « Il nous faut des outils de conseil comme Mandukhai », dit Mme Baatarkhuu, « pour avoir accès à l’information et prendre des décisions éclairées. »

 

Des conseils impartiaux et sans jugement provenant de sources numériques font également la différence dans les États arabes, où l’UNFPA a introduit une ambassadrice digitale appelée Mariam. L’objectif de cet avatar virtuel est d’encourager les jeunes à parler ouvertement et en toute franchise de questions sensibles. Via cet outil, un sondage a été mené auprès des filles et a révélé un très grand manque d’éducation en matière de menstruation.

 

Une campagne de suivi a permis de démentir des idées reçues très répandues ainsi que de renverser la stigmatisation associée aux règles. « La menstruation est un sujet parfaitement sain, qui doit être traité de façon ouverte », a déclaré une utilisatrice lors de la discussion.

 

Aider celles qui vivent des situations de crise

Les filles reçoivent aussi des informations de santé fiables grâce à des outils tels qu’Alapon, une ligne d’assistance téléphonique au Bangladesh, qui répond aux questions de santé et propose une aide psychosociale. Les conseillers et conseillères Alapon animent également des sessions en direct sur Facebook chaque semaine, pour répondre aux questions des adolescentes. 

 

Ce service, financé par l’UNFPA et le ministère de la Santé du Bangladesh, s’adresse aux filles vulnérables vivant dans des situations de crise. Ainsi, après le passage du cyclone Amphan, une fille du nom de Sadia a appris l’existence d’Alapon grâce à un kit dignité distribué aux survivant·e·s de la tempête. Alapon propose aussi des informations, dans le dialecte local, au sein du camp de personnes réfugiées de Cox’s Bazar.

 

Une jeune fille souriante.
Sadia dit qu'Alapon a le pouvoir de changer des vies. © UNFPA Bangladesh

 

« J’espère qu’Alapon permettra de réduire la stigmatisation sociale », souligne Sadia. « Nous pourrons peut-être aussi empêcher les mariages d’enfants. »

 

C’est précisément ce qu’une plateforme virtuelle indienne a permis à la jeune Ragini d’accomplir.

 

Ragini est bénévole auprès de Naubat Bajawith, un service via téléphone portable qui répond à des questions de santé et de droits de la personne. Elle a appris qu’une jeune fille de sa communauté âgée de 14 ans allait devoir épouser un homme de 40 ans, et connaissait les conséquences terribles que cela pourrait avoir – grossesse précoce, abandon de scolarité et possibles violences.

 

« Cette jeune fille m’a dit qu’elle ne voulait pas se marier mais continuer à étudier », raconte Ragini.

 

La famille de Ragini craignait pourtant des représailles si elle s’élevait contre cette union. « Ma mère m’a dit qu’on ne pouvait pas protester, car cela nous rendrait la vie difficile au sein de la communauté. »

Déterminée, Ragini a parlé de ce problème dans son école, qui s’est elle-même tournée vers les autorités. Le mariage de la jeune fille a été empêché, et pour la protéger, le rôle de Ragini n’a pas été révélé. « Aujourd’hui, cette fille est à l’école », se réjouit Ragini.

 

Une jeune fille utilisant un ordinateur.
Azra dit qu'elle prévoit de continuer à développer des outils numériques pour soutenir les femmes et les filles. Image reproduite avec l'aimable autorisation d'Azra Komarica

 

Construire un meilleur avenir

 

Les filles ne se contentent pas d’utiliser ces outils. Ce sont aussi elles qui les créent.

 

En Europe de l’Est, l’UNFPA (en partenariat avec l’entreprise socialement responsable Violeta d.o.o, Mozaik et le Belgrade Centre for Human Rights) a lancé le Girl Advance Lab, qui a appelé les filles de Bosnie-Herzégovine et de Serbie à créer des solutions pour remédier à l’inégalité des genres. Ce laboratoire propose actuellement un soutien (notamment financier), du mentorat et diverses ressources à 19 projets proposés par des filles âgées de 13 à 19 ans, toutes passées par un processus rigoureux de sélection et d’exercices de présentation. 

 

Azra Komarica, 19 ans, est l’une des responsables d’un projet du nom de My Cyclic Life, qui propose des informations fiables sur la menstruation. Elle explique que cette expérience l’a beaucoup inspirée.

 

« À l’avenir, je prévois de continuer à travailler sur des applications et des programmes pour aider des femmes et les filles », explique-t-elle à l’UNFPA. « Je souhaite transmettre un message à toutes les filles pour les encourager utiliser tout leur potentiel. »

 

Source:unfpa.org

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