ANFEITANG, Chine – Le père de Yuan Qing est mort quand elle avait 5 ans. Lorsque sa mère s’est remariée et a déménagé dans un autre village, Mme Yuan a été élevée par sa tante. Dans leur petit village de la province d’Anhui, dans le sud-est de la Chine, Mme Yuan a connu une discrimination sexiste toute sa vie. Ainsi, malgré son rêve d’aller à l’université, sa tant a refusé de financer ses trois dernières années d’école secondaire. « Les filles doivent se marier tôt ou tard, c’est gaspiller de l’argent de les envoyer à l’école », lui a-t-elle dit. 

Cette expérience n’a fait que renforcer un autre des rêves de Mme Yuan : celui de militer pour les droits des femmes et des filles. Cela l’a conduite à devenir, à 27 ans, la première femme cheffe d’Anfeitang, un village de plus de 2 700 personnes.

 

Changer des règles qui discriminent sur la base du genre 

Mme Yuan a commencé à militer en 2015, lorsqu’elle a rejoint un projet de l’UNFPA sur l’égalité des genres et l’élimination de la sélection prénatale en fonction du sexe. Historiquement, on a attendu en Chine des hommes qu’ils s’occupent de leurs aînés et qu’ils perpétuent la lignée familiale. Cela a conduit à une très large préférence pour les garçons, ainsi qu’à l’enracinement de normes qui discriminent les femmes et les filles dans tous les domaines, depuis la propriété foncière jusqu’au travail salarié.  

 

La première tâche de Mme Yuan a été de réviser les règlements locaux qui perpétuaient des discriminations de genre, pour mieux les aligner sur les politiques nationales. La Chine permet en effet beaucoup d’auto-administration dans les zones rurales ; ainsi, de nombreux villages dirigés par des hommes continuent d’appliquer des règles qui avantagent les hommes au détriment des femmes. Changer ces règles n’a pas été simple.  « Au début, je n’avais aucune idée de comment m’y prendre pour faire progresser l’égalité des genres », avoue Mme Yuan. 

 

Elle a commencé par faire du porte-à-porte pour parler aux villageois·e·s, mais hommes et femmes lui ont à plusieurs reprises affirmé que l’égalité des genres était déjà acquise. Elle a donc tenté une autre approche : elle les a invité·e·s à participer à des sessions de formation qui proposent d’explorer les stéréotypes de genre par des jeux de rôles. Elle a fait remarquer que traditionnellement, les femmes cuisinent tandis que les hommes mangent. Jusqu’à une date récente, certaines femmes n’étaient même pas autorisées à partager la table principale avec les autres membres de la famille durant les festivals et autres événements. 

 

Mme Yuan a alors demandé aux villageois·e·s de changer de rôles, en faisant cuisiner les hommes et manger les femmes. Celles-ci ont ainsi dîné à la table principale, tandis que les hommes devaient prendre place à l’autre table, plus basse. Se sentant très embarrassé·e·s, les villageois·e·s ont pris conscience de la grande différence de traitement entre les hommes et les femmes.

 

Par la suite, les nouvelles règles du village ont encouragé les hommes à partager les tâches ménagères, tandis que les femmes ont été invitées à participer aux prises de décisions publiques ; la mise en place de quotas de genre requiert désormais que la moitié des membres du comité de village soient des femmes. De plus, les femmes du village ont obtenu le droit à la propriété, et ce quel que soit leur statut marital ou familial.

 

« Faire progresser l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes est devenu un élément structurant pour moi », explique Mme Yuan. « Cela fait désormais partie de ma vie quotidienne et de mon travail. »

Améliorer le statut économique des femmes

Sa mission suivante a été de promouvoir les droits et les intérêts des femmes grâce à leur autonomisation financière. Comme dans la plupart des villages chinois ruraux, les hommes d’Anfeitang’s émigrent souvent vers les grandes villes pour gagner leur vie, tandis que les femmes doivent rester à la maison pour effectuer le travail non rémunéré, comme s’occuper des enfants. Elles ne pouvaient ainsi pas avoir de travail formel à l’exception des travaux agricoles, qui ne génèrent que peu de revenus : elles étaient dépendantes des hommes dans le domaine financier.

 

« L’indépendance financière est essentielle pour changer le statut social des femmes », souligne Mme Yuan. 

 

Grâce au soutien de l’UNFPA et des autorités locales, Mme Yuan a organisé des sessions de formation en compétences professionnelles pour les femmes dont les maris ont émigré. Certaines ont ainsi reçu des certifications en gestion du foyer et ont ensuite pu trouver un emploi bien rémunéré dans les villes. D’autres, qui ne pouvaient pas quitter le village, ont appris des techniques agricoles innovantes, comme la polyculture, leur permettant dans le même champ de cultiver du riz et d’élever poissons et crevettes : elles gagnent désormais 1 000 yuans de plus (soit 150 dollars) par demi-hectare de terrain auparavant uniquement destiné au riz.

 

Tous ces efforts ont permis de changer les normes sociales, notamment d’atténuer la préférence pour les fils. En effet, les femmes montrent leurs capacités à améliorer à la fois le bien-être de leur famille et celui de leur village, et la population se rend ainsi compte de la valeur des filles. 

 

Mme Yuan, elle aussi, est maintenant tenue en haute estime dans son village.

« Les responsables de notre canton se montraient habituellement très inquiets pour le village d’Anfeitang », explique le vice-gouverneur du canton de Xiatang, qui administre Anfeitang. « Depuis que Mme Yuan en est cheffe, les affaires du village se sont beaucoup améliorées, dans tous les domaines. Le village a reçu les honneurs du canton, du comté et même de la province. Aujourd’hui, Anfeitang est presque un village modèle de notre canton. »

 

Source:unfpa.org

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