Une adolescente kenyane âgée de 17 ans, ayant dû quitter l’école après être tombée enceinte, tenait sa fillette devant un muret ou elle faisait sécher du linge, dans l'ouest du Kenya. Malgré le manque d’informations à ce sujet, elle comptait poursuivre sa scolarité afin de trouver un emploi plus tard, et de pouvoir ainsi s'occuper financièrement de son enfant. © 2018 Smita Sharma pour Human Rights Watch

communiqué de presse

Nairobi — Les participants au Sommet des filles africaines devraient agir contre la discrimination envers les élèves enceintes, et la multiplication des cas de grossesse précoce

 

(Nairobi, le 15 novembre 2021) – À l’occasion du troisième Sommet des filles africaines, qui se tiendra à Niamey, au Niger, du 16 au 18 novembre 2021, les dirigeants africains devraient donner la priorité à l’éducation des filles enceintes et des adolescentes mariées, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les gouvernements participant au sommet devraient s’engager à renforcer les mesures déjà mises en place pour protéger le droit à l’éducation des filles.

 

Même si de nombreux gouvernements en Afrique disposent déjà de lois et de politiques à cet égard, le droit à l’éducation de centaines de milliers de filles et de jeunes femmes du continent est toujours dénié parce qu’elles sont enceintes, mariées ou mères. Le Gabon et la Côte d’Ivoire font partie des pays qui leur garantissent le droit de poursuivre leur scolarité pendant la grossesse et après l’accouchement. Cependant, d’autres nations, comme la Tanzanie, ont des politiques qui expulsent les filles enceintes ou les mères adolescentes de l’école ou leur en interdise l’accès. Même là où des lois et politiques encadrant l’éducation des filles existent, les protections pour la poursuite de leur scolarité et de leurs études, ainsi que leur application et la surveillance de cette mise en œuvre, varient considérablement.

 

« Le troisième Sommet des filles africaines met en lumière l’engagement croissant des dirigeants africains à mettre fin à la discrimination à l’égard des filles, mais ils devraient prendre des mesures supplémentaires pour garantir que toutes les filles puissent profiter de leur enfance et contribuer au développement de leur société », a déclaré Agnes Odhiambo, chercheuse sur l’Afrique subsaharienne auprès de la division Droits des femmes de Human Rights Watch. « Les gouvernements africains devraient garantir l’accès à l’éducation pour toutes les filles en fournissant des directives claires aux écoles et à la communauté pour aider les femmes enceintes ou les mères à y retourner et à réussir leurs études. »

 

Le sommet rassemblera des parties prenantes de toute la région et au-delà, pour galvaniser le soutien au mouvement qui vise la cessation de pratiques néfastes subies par de nombreuses Africaines. Parmi les participants figurent l’Union africaine et ses entités des droits de la personne, des représentants de gouvernements nationaux, des dirigeants politiques, des responsables de l’ONU, des représentants d’organisations non gouvernementales, ainsi que des filles, des jeunes et des chefs traditionnels.

 

Bien qu’il existe une reconnaissance juridique et politique du droit de toutes les filles et des femmes à l’éducation dans de nombreux pays africains, des disparités considérables subsistent pour leur permettre de se rendre à l’école et d’y rester jusqu’à l’obtention du diplôme. De nombreuses filles, par exemple, manquent de soutien financier et psychosocial, ou de soins de santé mentale, pour poursuivre leurs études pendant la grossesse ou après l’accouchement.

 

L’Union africaine et ses organes de défense des droits humains peuvent fournir des orientations supplémentaires et prendre des mesures en vue d’assurer la mise en œuvre effective du droit des filles et des femmes à l’éducation.

 

La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) et le Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant (ACERWC) devraient envisager de publier de telles directives sous la forme d’un commentaire général, a recommandé Human Rights Watch. Un commentaire général pourrait donner aux pays des orientations détaillées quant à leurs obligations légales de fournir une éducation aux filles et aux femmes en l’absence de toute discrimination et permettre un contrôle efficace de leur mise en œuvre.

 

Les politiques exemplaires sont une stratégie avérée pour promouvoir le changement sur le continent africain. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a élaboré deux lois qui servent de modèles à cet égard – l’une sur la fin du mariage des enfants et l’autre relative au VIH – qui ont stimulé le dialogue politique et les avancées dans la région. La Commission de l’Union africaine (CUA) devrait également envisager d’élaborer et de vulgariser un modèle de politique régionale pour garantir la formation continue des filles enceintes et des mères adolescentes et la « réintégration » de celles qui quittent l’école, a précisé Human Rights Watch.

 

Pour soutenir ces efforts, les organismes africains d’experts des droits humains devraient envisager de mener une étude régionale sur l’état de l’éducation des apprenantes enceintes, mariées et mères, a préconisé Human Rights Watch. La Commission africaine devrait nommer un rapporteur spécial sur l’éducation qui assurerait la liaison avec les autres organes pour mener l’étude et suivre sa mise en œuvre. De nombreux responsables gouvernementaux ont déclaré à Human Rights Watch au fil des ans qu’il était nécessaire d’identifier les lacunes, les disparités, mais aussi les pratiques optimales pour aider les filles enceintes et les mères adolescentes à se rendre à l’école.

 

Les gouvernements africains doivent également lutter contre les grossesses précoces généralisées, qui poussent de nombreuses filles à quitter l’école et contribuent à des abus tels que le mariage précoce. Avant la pandémie de Covid-19, les pays d’Afrique subsaharienne avaient les taux de natalité les plus élevés au monde parmi les adolescentes. Pour diverses raisons, liées aux fermetures prolongées des établissements scolaires, à une faible protection de l’enfance, à des connaissances insuffisantes et à la perte d’accès aux services de santé sexuelle et reproductive, la pandémie a provoqué une hausse des grossesses chez les adolescentes dans de nombreux pays africains, selon l’ONU, les médias et des rapports de la société civile.

 

Les gouvernements africains devraient adopter des programmes scolaires nationaux obligatoires sur la santé et les droits sexuels et reproductifs, les comportements sexuels responsables, l’établissement de relations saines, la prévention des grossesses et des mariages précoces, la prévention des infections sexuellement transmissibles, l’égalité entre les sexes, et la prévention de l’exploitation sexuelle et sexuelle et des violences sexistes, qui passe aussi par la sensibilisation, a souligné Human Rights Watch. Des conseils techniques fondés sur des éléments vérifiés montrent que les enfants devraient être initiés à un contenu adapté à leur âge sur la sexualité et la santé reproductive dès l’école primaire, avant la puberté.

 

« Les gouvernements africains devraient respecter le droit à l’éducation des filles enceintes et des mères adolescentes non seulement en leur ouvrant les portes des écoles, mais aussi en prenant des mesures globales en vue de relever les défis et les besoins qui sont les leurs pour qu’elles restent à l’école », a conclu Agnes Odhiambo. « L’Union africaine dans son ensemble devrait faire preuve d’un leadership renforcé et promouvoir systématiquement l’éducation des filles enceintes et des mères adolescentes. »

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