La Fête des mères est célébrée dans le monde entier à diverses dates de l’année. En Somalie (photo ci-dessus), elle tombe en mars.

NATIONS UNIES, New York – Célébrée dans le monde entier à diverses dates, la Fête des mères est bel et bien une célébration. Pour certaines femmes cependant, la maternité peut se révéler pleine d’écueils. Des femmes sont devenues mères dans des sous-sols pendant la guerre (Ukraine), sous des ponts après des ouragans (Honduras), dans des hôpitaux inondés pendant la mousson (Bangladesh) et dans les décombres d’un séisme (Haïti). 

 

Certaines sont devenues mères non par choix mais… 

… contre leur gré à la suite d’un viol – qu’il soit commis par leur partenaire ou un inconnu – ou lorsque la violence sexuelle est utilisée comme arme de guerre. 

… parce que c’est ce que leur culture ou leur famille attend d’elles, même si elles ne sont pas émotionnellement ou physiquement prêtes à vivre une grossesse. 

… sans savoir comment fonctionne la reproduction, par manque d’éducation complète à la sexualité. Lorsqu’elles sont tout de même informées, elles deviennent aussi mères par manque d’accès à des services adaptés de planification familiale. 

 

La parentalité apporte avec elle son lot de sacrifices. Avant même que les mères ne quittent leurs emplois en masse pendant la COVID-19 pour s’occuper de leurs enfants scolarisé·e·s à distance, elles portaient déjà le plus lourd du fardeau de l’éducation, des tâches ménagères, de la charge mentale et du soin aux parents plus âgés. Elles ont pu être amenées à renoncer à des diplômes d’études supérieures, à des promotions ou à des déménagements. Si elles retournent travailler après avoir élevé leurs enfants, elles peuvent alors voir leurs compétences devenues obsolètes et devoir faire face à l’écart de salaires en raison de leur maternité. À cause de longues périodes d’inactivité professionnelle, leurs « choix » peuvent les mettre dans une situation financière précaire.

 

Le prix le plus élevé que payent certaines femmes enceintes est celui de ne jamais avoir la possibilité de connaître la maternité. Le taux de mortalité maternel moyen dans le monde était ainsi de 211 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2017. Les Objectifs de développement durable appellent à réduire ce nombre à 70 pour 100 000 d’ici 2030.

Nous vous présentons ci-dessous cinq éléments à connaître sur la maternité.

1. La mortalité maternelle est accentuée dans les situations fragiles et les contextes de crise humanitaire. 

Il n’est pas surprenant de constater que tout est plus difficile dans les situations fragiles et de crise humanitaire. En matière de fertilité, les femmes doivent faire face à de nombreuses difficultés, depuis des grossesses se produisant alors qu’elles n’en ont pas envie – à cause d’un accès limité à la planification familiale et à la contraception, ou à cause du risque accru de violence basée sur le genre dans ces situations – jusqu’à des complications terribles liées à la grossesse ou à l’accouchement à cause d’un manque de soins pré/postnatals et obstétricaux. Selon un rapport de l’UNFPA, plus de 500 femmes et filles meurent chaque jour dans des situations d’urgence à cause de complications au cours de leur grossesse ou de leur accouchement. Au Yémen, un pays ravagé par le conflit, une femme meurt en couches toutes les deux heures en moyenne. Près de 120 000 femmes enceintes ou allaitantes au Tigré (Éthiopie) sont en situation de malnutrition. Près de 4,8 millions de grossesses non intentionnelles devraient se produire en Afghanistan d’ici 2025 à cause de perturbations du système de santé et de l’inégalité des genres.

 

Selon le Fragile States Index de 2017, 15 pays présentaient un « niveau d’alerte très élevé » ou « élevé » (du plus élevé au moins élevé : soudan du Sud, Somalie, République centrafricaine, Yémen, République arabe syrienne, Soudan, République démocratique du Congo, Tchad, Afghanistan, Iraq, Haïti, Guinée, Nigéria, Zimbabwe et Éthiopie). Ces 15 pays – dont la majorité était considérée comme présentant des contextes fragiles ou de crise humanitaire – affichaient des taux de mortalité maternelle exceptionnellement élevés, atteignant 1 150 pour 100 000 (Soudan du Sud). Pour certains pays, l’objectif est de ne plus dépasser 140 décès pour 100 000 naissances vivantes d’ici 2030.

 

Une mere avec son bébé
Ici avec son enfant, une mère vient d’échapper aux violences à Cabo Delgado (Mozambique) qui est ravagé par le conflit. Le Mozambique présente un taux de mortalité maternelle de 289 décès pour 100 000 naissances vivantes (le chiffre date de 2017). Les Objectifs de développement durable établissent un objectif de 140 pour 100 000 d’ici 2030 dans certains pays. © Helvisney Cardoso/ONU Mozambique

 

Comme l’indique le rapport, « Les situations de crise humanitaire qui émergent ainsi que celles de conflit, de post-conflit ou de catastrophe naturelle réduisent considérablement les progrès […] Dans les contextes de crise ou de catastrophe, l’effondrement des systèmes de santé peut provoquer une augmentation violente du nombre de décès à cause de complications qui serait facilement traitables dans des conditions de stabilité. »

 

Une mère ukrainienne réconforte son enfant.
Sur les 5 millions (minimum) de réfugié·e·s ayant fui l’Ukraine pour échapper à la guerre, 90 % sont des femmes et des enfants, comme cette mère et sa fille à la frontière moldave de Palanca. © UNFPA/Siegfried Modola

 

2. Les mères sont loin d’être suffisamment reconnues pour tout – oui, tout – ce qu’elles font.

Encore une chose qui ne surprend personne : les femmes effectuent beaucoup plus de travail non rémunéré que les hommes.

 

Un rapport de 2019 de l’Organisation internationale du travail (OIT) le déclare sans ambages : « Dans le monde entier, sans exception aucune, les femmes effectuent […] plus de 75 % du total des heures [du travail domestique non rémunéré]. Les femmes consacrent en moyenne 3,2 fois plus de temps que les hommes au travail domestique non rémunéré. Il n’existe aucun pays dans lequel femmes et hommes effectuent à part égale ce travail non rémunéré. Ainsi, les femmes sont constamment en manque de temps, ce qui restreint leur participation au marché du travail. »

 

D’une manière générale, dans les ménages comportant des enfants en bas âge, les femmes passent encore plus de temps à effectuer du travail domestique non rémunéré. En 2018, les mères d’enfants de 5 ans et moins étaient la catégorie présentant le taux d’emploi le plus faible (47,6 %), comparé à celui des pères (87,9 %), des hommes sans enfant (78,2 %) et des femmes sans enfant (54,4 %).

 

L’une des principales raisons de cette disparité est l’inégalité globale entre les genres. Selon l’OIT, la valeur du travail non rémunéré effectué par les femmes représente 6,6% du PIB mondial, soit 8 milliards de dollars ; pour les hommes, ce chiffre s’élève seulement à 2,4 % du PIB mondial, soit 3 milliards de dollars.

Dans le cadre de l’Objectif de développement durable n°5, la cible 5.4 vise à reconnaître et valoriser le travail domestique non rémunéré d’ici 2030.

3. Les femmes meurent en couches de causes majoritairement évitables.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, cinq complications majeures – dont la plupart sont évitables ou traitables – sont à l’origine des trois quarts des décès maternels : hémorragies sévères, infections, hypertension pendant la grossesse, complications dues à l’accouchement et avortements non médicalisés. 

 

D’autres causes méritent qu’on s’y attarde, notamment les décès maternels par meurtre, suicide ou overdose. Aux États-Unis, une étude montre que ces trois facteurs sont des causes majeures de décès associés à une grossesse*, la proportion de meurtres étant supérieure à celle d’autres pays. Au Royaume-Uni et en Irlande, un rapport conclut que des améliorations dans les soins auraient pu permettre des conséquences bien différentes en matière de décès associés à une grossesse, notamment ceux pour cause de suicide, de consommation abusive de drogue ou de médicaments et de meurtre. Des études menées en Éthiopie et en Égypte ont aussi montré une plus forte prévalence de comportements suicidaires chez les femmes enceintes par rapport à la population globale.

 

*Un décès lié à une grossesse est « la mort d’une femme pendant sa grossesse ou dans l’année civile qui suit l’issue d’une grossesse […] pour toute cause que ce soit, associée à la grossesse ou aggravée par elle, ou à la prise en charge de la grossesse, mais qui n’est ni accidentelle ni fortuite […]. Un décès associé à une grossesse est un décès maternel attribuable à une situation non affectée par la grossesse, et qui se produit dans l’année qui suit la grossesse. »

4. Les femmes tombent enceintes des suites de violences sexuelles. 

D’après le Rapport sur l’état de la population mondiale 2022, les grossesses dues à un viol ont au moins autant sinon plus de chances de se produire que celles résultant d’un rapport sexuel consenti. De plus, la violence au sein du couple est liée à de plus forts taux de grossesses. Les personnes qui subissent des violences au sein du couple sont près de deux fois plus susceptibles de voir leur partenaire refuser tout moyen de contraception, et de signaler une grossesse non intentionnelle.

5. Nous ne valorisons pas suffisamment la maternité.

Si c’était le cas, n’aurions-nous pas déjà éradiqué des blessures liées à l’accouchement telles que la fistule obstétricale ?

 

Une jeune mère avec son enfant.
Une mère adolescente en Thaïlande. Certaines filles deviennent mères avant l’âge de 18 ans pour diverses raisons, notamment les attentes de leur famille ou de leur communauté, qu’elles soient prêtes pour la grossesse et la maternité ou non. © UNFPA Thaïlande

 

Ne soutiendrions-nous pas les mères souffrant de troubles de la santé mentale pendant leur postpartum ? 

Chaque nouvelle mère ne bénéficierait-elle pas d’un temps adéquat pour créer un lien avec son enfant et se rétablir physiquement, sans risquer de perdre son emploi ? 

 

Ne cesserions-nous pas de considérer que toutes les femmes du monde sont destinées à devenir mères, en dévaluant au passage la maternité et en considérant que c’est inévitable plutôt qu’une véritable aspiration ? 

L’éducation des enfants et les responsabilités domestiques ne seraient-elles pas équitablement partagées ? 

 

Et ne ferions-nous pas de la maternité un véritable choix, en donnant aux femmes et aux filles les informations, les ressources et le soutien dont elles ont besoin ? À savoir : l’accès à des services de santé sexuelle et reproductive, l’éducation complète à la sexualité, les services de planification familiale et la contraception, l’accès à une éducation supérieure et à des opportunités économiques, la protection contre la violence, et par-dessus tout l’égalité des genres, qui rendrait le monde plus sûr et plus prospère, propice à une meilleure santé, pas seulement pour les femmes et les filles mais pour toutes et tous.

 

Source:unfpa.org

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