Violences physiques, agressions sexuelles, privation de soins, exploitation financière. Les femmes âgées subissent des abus que les dispositifs de protection peinent à reconnaître. Dans un rapport présenté jeudi, une experte indépendante des Nations Unies alerte sur cette double discrimination, à l’heure où le vieillissement de la population mondiale rend leur protection plus urgente.
C’est le constat dressé jeudi par Reem Alsalem, rapporteuse spéciale de l’ONU sur la violence contre les femmes et les filles, dans un rapport transmis à l’Assemblée générale. « Les femmes ne devraient pas perdre leur droit à vivre sans violence parce qu’elles vieillissent », a affirmé l’experte dans un communiqué. « Trop souvent, l’âgisme et le sexisme se conjuguent pour rendre la violence à l’égard des femmes âgées invisible, tolérée ou considérée comme une conséquence inévitable du vieillissement ».
L’alerte intervient alors que le monde connaît un vieillissement démographique sans précédent. En 2025, 664 millions de femmes avaient 60 ans ou plus. Elles devraient être 1,13 milliard en 2050. Pourtant, cette population grandissante demeure largement absente des politiques de lutte contre les violences faites aux femmes, comme des dispositifs de protection des personnes âgées.
Des violences que les statistiques ne voient pas
Les enquêtes sur les violences conjugales s’intéressent principalement aux femmes en âge de procréer, laissant dans l’ombre celles qui ont dépassé certains seuils d’âge. Selon des données publiées par l’ONU en 2022, moins de 10 % des données exploitables sur les violences commises par un partenaire intime permettaient de mesurer leur prévalence chez les femmes de 50 ans et plus.
Cette lacune statistique a des conséquences concrètes au niveau de l’exclusion des politiques publiques.
Surtout, les violences ne prennent pas nécessairement les mêmes formes avec l’âge. Aux agressions physiques, psychologiques ou sexuelles s’ajoutent l’appropriation des pensions, la confiscation des biens, le contrôle des dépenses, la privation de soins ou l’abandon. Une femme peut ainsi se retrouver privée de ses ressources par un proche dont elle dépend pour les gestes du quotidien.
Le domicile n’est pas le seul lieu de danger. Les établissements de soins, les prisons et les structures d’hébergement peuvent également devenir des espaces de maltraitance. Quant aux violences sexuelles, elles demeurent particulièrement méconnues, comme si l’âge suffisait à soustraire les femmes au risque d’agression.
Les obstacles se multiplient lorsqu’une victime cherche à obtenir de l’aide. Difficultés de déplacement, dépendance financière, isolement, méconnaissance des dispositifs ou exclusion numérique peuvent empêcher le signalement des abus. Dans certains cas, dénoncer son agresseur revient à risquer de perdre la personne qui assure ses soins.
Éviter la dépossession
Toutes les femmes âgées ne sont cependant pas exposées aux mêmes risques. Le rapport souligne la situation particulièrement préoccupante des veuves, des migrantes, des femmes apatrides, handicapées ou vivant en milieu rural. Les conflits armés et les crises humanitaires aggravent encore ces vulnérabilités, en fragilisant les réseaux familiaux, les systèmes de santé et les mécanismes de protection.
L’une des questions les plus délicates soulevées par Reem Alsalem concerne les décisions médicales et la fin de vie. L’experte met en garde contre les pressions susceptibles de peser sur des femmes pauvres, isolées ou dépendantes, lorsque leur besoin d’assistance finit par être perçu comme une charge pour leur entourage.
« Aucune femme ne devrait être amenée à penser que sa vie constitue un fardeau simplement parce qu’elle a atteint un âge avancé ou qu’elle a besoin d’un soutien », a-t-elle insisté.
Au-delà des violences proprement dites, c’est donc la question de l’autonomie qui se pose.
Pour rompre ce cercle, la rapporteuse spéciale a appelé les États à inscrire explicitement les violences contre les femmes âgées dans leurs législations, à améliorer la collecte des données et à rendre les dispositifs de plainte et de justice réellement accessibles. Elle a également réclamé une meilleure formation des policiers, magistrats, soignants et travailleurs sociaux.
Mais la réponse ne saurait être uniquement judiciaire. Des pensions suffisantes, un logement stable, des soins accessibles et des services d’aide à la personne peuvent aussi réduire la dépendance qui favorise certains abus.
Car l’invisibilité dénoncée par l’ONU ne commence pas nécessairement avec la violence. Elle commence parfois bien avant, lorsque leur parole cesse d’être entendue.
Source:https://news.un.org/fr