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Tolérance zéro pour les violences faites aux femmes et aux filles- (Tolérance zéro)

Les Etats africains, collectivement et individuellement, ont pris des mesures juridiques importantes et diverses pour réduire voire éliminer les violences à l’égard des femmes et des filles. Mais les croyances et les normes sociales néfastes constituent un frein important à l’effectivité de ces mesures. Les informations et données statistiques sur les violences ne sont pas toujours disponibles et même si elles le sont, elles ne sont pas intégrées à travers un système qui permet leur partage et leur accessibilité au grand publique et aux autres acteurs intéressés (décideurs, chercheurs, consultants…)

Les violences à l’égard des femmes et des filles prennent plusieurs formes : elles sont physiques, sexuelles, psychologiques ou économiques. Certaines des formes de violence telles que le mariage des enfants, les mutilations génitales féminines et les violences psychologiques sont mises en exergue en raison de leur occurrence dans la sous-région et de leur impact négatif particulièrement lourd sur les femmes et les filles et sur le développement des communautés. Par ailleurs les liens entre certaines formes de violence et les droits sexuels et reproductifs conduisent à accorder plus d’importance à ces derniers dans la lutte pour l’éradication des violences à l’égard des femmes et des filles.

Le mariage des enfants.

La prévalence du mariage des enfants en Afrique de l’Ouest est de 41%, ce qui signifie que quatre filles et jeunes femmes sur dix, soit près de 60 millions, ont été mariées avant l’âge de 18 ans. Ces chiffres masquent toutefois d’importantes disparités entre les pays, voire à l’intérieur d’un même pays. La région comprend quatre des dix pays où la prévalence du mariage d’enfants est la plus élevée au monde, chacun de ces quatre pays affichant un taux supérieur à 50 %. La prévalence des mariages d’enfants de moins de 15 ans est également très élevée : elle atteint 14 % à l’échelle de la région et dépasse même les 25 % au Nigéria. Le Niger affiche la plus forte prévalence au monde avec 4,1 millions de filles-épouses.[1] Comme c’est le cas pour la plupart des violences de genre, le mariage des enfants est nourri par une multitude de croyances et normes qui le légitiment et le pérennisent. Lorsque les facteurs comme la pauvreté, la mauvaise interprétation des textes religieux et les grossesses chez les adolescentes se constituent, la prévalence de ce fléau explose. C’est le cas en Afrique de l’Ouest.

L’excision et les Mutilations Génitales Féminines.

 Alors que l’assemblée plénière des Nations unies s’est prononcée solennellement pour l’éradication des mutilations génitales féminines (MGF) en décembre 2012, la lutte contre cette forme de discrimination sexuelle est encore loin d’être généralisée. Les MGF touchent à la fois à des enjeux de discriminations, de droits humains et du droit à la santé, et à des enjeux de santé publique en termes de prévention des risques pour les petites filles et de santé sexuelle, reproductive et maternelle pour les femmes ayant subi une MGF.

Bien que la prévalence des MGF connaisse un déclin lent mais régulier dans presque tous les pays, il est fort probable que le nombre absolu de filles soumises à ces pratiques continue d’augmenter, puisque la plupart des communautés concernées se caractérisent également par une croissance démographique élevée. Le taux de filles victimes de MGF en Afrique de l’ouest oscille entre 94% (Guinée-Conakry) et 15,3% (Nigeria)[2]. Aujourd’hui, les recherches concordantes ont démontré que les MGF constituent un moyen de contrôle du corps de la femme. L’excision apparait comme une pratique rituelle permettant de légitimer la différence entre les sexes, différence systématiquement inscrite dans des rapports sociaux inégalitaires[3] : l’excision vise en effet à déviriliser la femme pour réduire son pouvoir, au contraire de la circoncision qui survirilise l’homme pour accroître son pouvoir.[4] Elle constitue un risque pour la santé reproductive ainsi qu’une violation des droits humains  ayant des conséquences dévastatrices pour les femmes et les filles et doit donc être retenue comme l’un des sujets de préoccupations dans la sous-région.

Violences psychologiques

Elles sont des violences plus insidieuses, permanentes et causent des dégâts émotionnels importants, diminuent l’estime de soi et plongent souvent les femmes en état dépressif voire suicidaire. Il s’agit de violences asymétriques où l’agresseur estime que son comportement est justifié par le comportement (réel ou supposé) de sa compagne. La jalousie, le contrôle des déplacements en font partie. Ces méthodes entraînent un transfert de responsabilité sur la victime qui finit par se croire responsable du déclenchement des violences. Elles se manifestent aussi par des injures de toutes sortes. Les violences psychologiques à l’égard des femmes et des filles sont très banalisées en Afrique de l’ouest et celles-ci peuvent en être même victime dans les espaces publiques. Elles sont souvent perpétrées par les partenaires intimes et constituent dans la majeure partie des cas, un préalable aux violences physiques.

  • Notre travail

Le réseau s’est investi dans l’autonomisation et le respect des droits des filles par de biais de projets. Notamment

  • Projet: Lutter contre les mariages précoces par l’autonomisation des filles en Afrique de l’Ouest »

Partenaire financier :

Pays : Mali-Niger-Togo

Objectif contribuer à la baisse des mariages précoces à travers la génération de connaissances nouvelles et de solutions alternatives durables ainsi que la promotion de l’utilisation à grande échelle de ces connaissances nouvelles sur le mariage précoce en Afrique de l’Ouest.

La première phase a consisté en une étude de base dans les trois (3) pays : Mali, Niger, Togo, la deuxième en développement d’un modèle de lutte sur la base des résultats de l’étude et en œuvre des interventions, sur le terrain, la troisième après évaluation des incidences du projet, en un plaidoyer pour une mise à l’échelle du modèle.

  • En termes de résultats le projet a permis
  • De transformer en acteurs de changement dans la lutte contre les mariages d’enfants 270 filles et garçons formés et accompagnés ;
  • D’influencer la gouvernance locale par l’intégration de la lutte contre le mariage des enfants dans la planification des élus ;
  • De générer des initiatives individuelles et communautaires de lutte contre le mariage des enfants signe d’appropriation de la lutte par les communautés et les acteurs étatiques ;
  • D’influencer au niveau régional le plan d’action stratégique de la politique de la CEDEAO sur l’enfant 2019-2030 et de la feuille de route de la CEDEAO sur la prévention et la réponse au mariage des enfants.
  • De créer des partenariats avec une diversité d’acteurs intervenant en Afrique de l’Ouest et du Centre à travers la Coalition Régionale pour la fin des mariages des enfants en Afrique de l’Ouest et du centre regroupant l’UNICEF, Plan International, Girls not Bride, ONU FEMME, SAVE THE CHILDREN, FAWE et WiLDAF-AO.
  • Le projet « Améliorer la capacité des jeunes filles engagées pour l’éradication des mariages d’enfants en Afrique de l’Ouest»

Partenaire financier : Fonds Africain pour le Développement de la Femme (AWDF)

Pays : Mali -Togo

Objectif : Se situant dans le prolongement du précédent projet dont il renforce les acquis, ce projet ambitionne de renforcer et organiser les jeunes filles activistes, afin qu’elles mobilisent d’autres acteurs stratégiques en vue de leur contribution à l’éradication du mariage d’enfants dans deux (2) pays d’Afrique de l’Ouest, le Mali et le Togo.

Par la mise en œuvre de stratégies de renforcement du leadership des jeunes, d’implication des autorités traditionnelles et religieuses, d’engagement de dialogue générationnel entre les jeunes filles leaders et leurs ainées, de mobilisation des membres des communautés y compris les filles elles-mêmes et les garçons tout comme les hommes, ce projet qui lie le mariage des enfants à la santé sexuelle et reproductive des jeunes, a réussi à :

  • Renforcer le leadership de 60 filles qui ont été au cœur de l’action du projet
  • Lever le tabou sur la santé et les droits sexuels et reproductifs des filles en amenant les communautés à en discuter au cours de causeries
  • Améliorer le recours aux services de santé de reproduction par les filles et les femmes de la communauté ;
  • Faire prendre des engagements traduits en actions concrètes par les autorités traditionnelles et religieuses devenues des alliées des filles ;
  • Obtenir l’abandon de deux normes traditionnelles par pays, identifiées par les filles et les communautés comme favorable à la pratique du mariage des enfants au Mali et au Togo ;
  • Le « Programme Régional de renforcement des Organisations de la Société Civile et des réseaux de jeunes au Sahel (PRROS/ME) »

Partenaire financier : Save the Children,

Pays : pays du sahel

Objectif : contribuer à une meilleure protection des enfants contre le mariage en Afrique subsahélienne à travers la mise en place d’un travail d’influence des agendas politiques et des normes sociales.

Sur la base d’une cartographie des interventions et l’analyse des pouvoirs dans le Sahel, et en utilisant des stratégies innovantes, telles que les bandes dessinées, les réseaux les clubs virtuels de lecture, le projet permis de sensibiliser les jeunes, les parents d’élèves des pays du Sahel (Mali, Sénégal, Burkina Faso Niger) plus le Togo sur le mariage des enfants et a facilité le partage entre organisations de la société civile de ces pays, le partage des bonnes pratiques favorables à la lutte contre le mariage des enfants.

Le WiLDAF-AO a coorganisé au sein de la coalition régionale contre la fin du mariage des enfants en Afrique de l’Ouest et du Centre, avec une coalition sous régionale des organisations de la société civile locale et internationale (FAWE, Filles Pas Épouses, Plan International, Save the Children, WiLDAF-AO,           World  Vision) et les agences onusiennes (ONU Femmes, UNFPA, UNICEF), une Réunion de Haut Niveau pour la fin des mariages des enfants en Afrique de l’Ouest et du Centre qui s’est tenu à Dakar du 23 au 25 octobre 2017. L’objectif global était de « créer un consensus sur les moyens pour traduire les engagements existants et futurs en actions tangibles et mesurables visant à mettre fin au mariage des enfants dans la région ». Ce fut l’occasion de permettre à six (06) jeunes filles et garçons du Niger, du Mali et du Togo, leaders et acteurs de changement sur les mariages précoces, d’interagir avec l’assistance à travers leur présentation conjointe et une participation remarquée aux débats de la réunion de haut niveau. La rencontre a adopté une déclaration intitulée « Mettre fin au mariage des enfants en Afrique de l’Ouest et du Centre : un appel à l’action » qui est un véritable programme d’action engageant les acteurs parties prenantes à la lutte, à mettre en œuvre les stratégies consensuelles identifiées comme susceptibles de mettre fin au fléau dans les sous-régions concernées.

En dehors des actions menées dans le cadre de programmes sous-régionaux, les réseaux nationaux WiLDAF ont pris leur part de responsabilité en initiant des projets relatifs à d’autres aspects prioritaires de la violence faite aux femmes au niveau national.

  • Formation, en 2016 au Benin, de soixante Magistrats, des Médecins et des Enseignants et de quatre-vingt-dix infirmiers, assistants sociaux et sages-femmes sur la loi N° 2011-26 du 09 janvier 2012 portant prévention et répression des violences faites aux femmes ; la formation a couvert les aspects juridique, médical, psychologique et sociologique de la question de la violence basée sur le genre, de sa prévention et sa répression par la loi.
  • Au Burkina-Faso, organisation d’un atelier d’appropriation de la Convention pour l’Elimination de toutes les formes de Discrimination à l’Egard des Femmes (CEDEF) ainsi que des dispositions légales réprimant la violence à l’égard des femmes traduits en langue Moré à Tenkodogo. L’atelier a rassemblé une quarantaine de participants.
  • En Côte d’Ivoire, le réseau a poursuivi au cours de la période du plan stratégique 2016-2020, ses activités de prise en charge de victimes de violences faites aux femmes et aux filles à travers son centre d’accueil et de lutte contre les violences, opérationnel depuis octobre 2008 ;
  • Au Ghana, le projet de renforcement des filles en vue de leur accès à la justice, a permis de mettre en place dans trois (03) écoles des clubs de quarante (40) filles de douze (12) à seize (16) ans. Le WiLDAF-Ghana a organisé en outre une édition 2016 de la journée  internationale  des  femmes rurales  et  de  la  campagne  de  16  jours  contre  les  violences  faites  aux  femmes ;
  • Au Mali, éprouvé par une situation de conflit, le réseau a dans le cadre d’un projet Justice, Paix et Réconciliation, entrepris de sensibiliser les communautés sur les violences basées sur le genre, d’appuyer les victimes de violence y compris, en les aidant à poursuivre les auteurs de violence. Il a mené avec succès un plaidoyer pour l’amélioration du cadre juridique relatif à la lutte contre ces violences.

[1] UNFPA, UNICEF, Le mariage des enfants en Afrique de l’Ouest et du Centre, 2018

[2] UNFPA, Analyse des cadres juridiques relatifs aux Mutilations Génitales Féminines (MGF) de Pays Sélectionnés d’Afrique de l’Ouest. Janvier 2018

[3] Pierre Bourdieu (1982)

[4] Armelle Andro, Marie Lesclingand, les mutilations génitales féminines. État des lieux et des connaissances

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