Dans un monde marqué par une polarisation croissante, les droits des femmes et des filles reculent, a alerté lundi le Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW). À l’ouverture de sa 93ᵉ session à Genève, sa présidente, Nahla Haidar, a dénoncé les attaques contre l’égalité, les droits sexuels et reproductifs et les défenseures des droits humains.
« On observe dans toutes les régions, un retour en force bien orchestré contre l’égalité des sexes », a déclaré Mme Haidar au Palais des Nations.
Cette offensive se manifeste par une érosion des droits en matière de santé sexuelle et reproductive, un rétrécissement de l’espace civique et des attaques contre les défenseuses des droits humains, a-t-elle souligné. Elle s’accompagne d’une recrudescence des violences sexistes, hors ligne comme en ligne.
Face à ces reculs, l’ONU a appelé à préserver le droit international et à respecter les engagements en matière de droits humains.
Les femmes face aux effets des crises
Conflits armés, régimes autocratiques, inégalités économiques et dérèglement climatique touchent de manière disproportionnée les femmes et les filles, a souligné Mme Haidar. Ces crises se conjuguent et accentuent les vulnérabilités existantes, a précisé la présidente du CEDAW.
Le représentant le Bureau des droits de l’homme de l’ONU, Andrea Ori, a pour sa part décrit un monde de plus en plus polarisé et divisé, où certains acteurs cherchent à affaiblir le respect du droit international et les engagements en matière de droits humains.
« Les organes conventionnels opèrent dans un contexte mondial et politique en mutation rapide », a affirmé M. Ori. Ce contexte diffère profondément de celui qui prévalait lors de la création du premier de ces organes, il y a plus de soixante ans, a-t-il rappelé.
Face à ces pressions, il a appelé à soutenir le système des droits humains et ses organes conventionnels. La coopération multilatérale et les mécanismes universels de surveillance sont, selon lui, plus nécessaires que jamais.
L’égalité femmes-hommes au cœur de l’Alliance mondiale
M. Ori a souligné la nécessité d’adapter les mécanismes de protection des droits humains. Il a notamment rappelé le lancement, le 11 juin dernier, de l’Alliance mondiale pour les droits humains par le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH).
Cette initiative vise à renforcer l’action collective et à ancrer les droits humains dans la vie quotidienne, les décisions publiques et les enjeux d’avenir, a-t-il expliqué. L’égalité entre les femmes et les hommes en constitue un axe central : lutte contre les discriminations et les violences fondées sur le genre, mais aussi prise en compte de la parole des survivantes.
Moderniser les organes conventionnels
Au-delà des difficultés financières immédiates, M. Ori a appelé à moderniser et à renforcer durablement le système des organes conventionnels.
Un document de travail du Haut-Commissariat propose trois pistes : regrouper et décentraliser les dialogues selon un cycle de huit ans ; simplifier les rapports des États parties grâce à une plateforme en ligne intégrée et multilingue ; et rendre les élections des membres des organes conventionnels plus transparentes. Leur expérience, leur compétence, leur indépendance et leur impartialité doivent guider ces élections, conformément aux directives d’Addis-Abeba.
Composé de 23 experts des droits des femmes, le Comité veille à la mise en œuvre de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.
Au cours de cette session, qui s’achèvera le 30 octobre, le Comité poursuivra ses travaux sur la mise en œuvre de la Convention. Il examinera également les rapports de quatre États parties : le Kazakhstan, les Îles Cook, le Kenya et la République de Moldova.
Source: https://news.un.org/fr/story/2026/10/1159604