WILDAF-AO

31 juillet 2026

À l’occasion de la commémoration de la Journée panafricaine de la femme 2026, placée sous le thème : « Mettre en lumière les femmes qui assurent l’avenir de l’eau en  Afrique : promouvoir une gestion durable de l’eau et de l’assainissement pour l’Agenda 2063 », la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (la Commission), par l’entremise de la Rapporteure spéciale sur les droits des femmes en Afrique, réaffirme son engagement indéfectible en faveur de la promotion des droits des femmes et des filles sur l’ensemble du continent, ainsi que de leur participation effective à la construction d’un avenir durable pour l’Afrique. Ce thème s’inscrit dans la priorité arrêtée par l’Union africaine pour l’année 2026 : « Assurer une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs afin de réaliser les objectifs de l’Agenda 2063 ». Il met en exergue que l’accès à une eau potable et à des services d’assainissement fiables constitue non seulement une exigence incontournable du développement, mais également un droit fondamental et une condition indispensable à la pleine jouissance des droits des femmes. 

Des millions d’Africains continuent de vivre sans accès à l’eau potable ni à des services d’assainissement de base, et les femmes et les filles demeurent particulièrement affectées par cette réalité. L’insuffisance des infrastructures d’assainissement expose les femmes et les filles à des risques accrus de violences basées sur le genre, compromet leur santé et leur dignité, entrave leur accès à l’éducation et limite leur participation économique. De même, l’accès insuffisant à l’eau empêche la réalisation d’un large éventail de droits, notamment les droits à la vie, à la dignité, à un environnement satisfaisant, à la santé ainsi qu’au développement économique, social et culturel. Les femmes ne doivent plus continuer à supporter de manière disproportionnée le fardeau d’une gouvernance déficiente de l’eau et des systèmes d’assainissement. En tant qu’utilisatrices, gestionnaires et gardiennes principales des ressources hydriques dans de nombreuses communautés, elles doivent être reconnues non pas seulement comme bénéficiaires des politiques de l’eau et de l’assainissement, mais comme dirigeantes et partenaires à part entière dans leur conception, leur mise en œuvre et leur suivi.

Le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo) impose expressément aux États parties de garantir l’accès des femmes à une eau potable salubre dans le cadre de la réalisation du droit à la sécurité alimentaire, et reconnaît l’interdépendance entre l’accès aux ressources essentielles et la réalisation des droits des femmes à la santé, au logement et aux opportunités économiques. Les Lignes directrices de la Commission africaine sur le droit à l’eau en Afrique reconnaissent que l’eau potable est indispensable à la réalisation des droits à l’éducation et à la santé, notamment par l’accès à l’eau pour la gestion de l’hygiène menstruelle. Le Protocole de Maputo appelle en outre les États parties à donner effet au développement durable en assurant la participation des femmes à tous les niveaux de la conception, de la prise de décision, de la mise en œuvre et de l’évaluation des politiques et programmes de développement. Cette obligation est renforcée par les Lignes directrices sur le droit à l’eau, qui exigent la participation des individus et des communautés à toutes les étapes de la planification, de la prise de décision, de la mise en œuvre, du suivi et de l’évaluation de la gestion des ressources hydriques ainsi que des politiques et plans relatifs à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène.

Par ailleurs, l’Agenda 2063 de l’Afrique envisage un continent dont le développement est porté par les populations et qui s’appuie sur le potentiel des Africains, en particulier des femmes et des jeunes. Cette vision reconnaît que le développement durable ne saurait être atteint sans la participation et le leadership égal des femmes. La Vision africaine de l’eau 2063 et sa Politique complètent cette ambition en identifiant l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes et des filles comme des éléments centraux pour garantir l’avenir hydrique de l’Afrique. Elles appellent à une gouvernance inclusive, participative et sensible au genre, qui habilite les femmes en tant que gardiennes de la sécurité hydrique et assure leur participation effective aux processus décisionnels.

Partout en Afrique, les femmes démontrent déjà la puissance transformatrice de leur leadership dans la promotion d’une gestion durable de l’eau et de l’assainissement. Des militantes de base et organisations communautaires aux entreprises dirigées par des femmes et aux innovatrices, elles sont à l’avant-garde du développement de solutions adaptées aux contextes locaux pour améliorer l’accès à l’eau, l’assainissement et la résilience climatique. Leur action, souvent menée dans des conditions difficiles et sans reconnaissance suffisante, est essentielle à la réalisation des droits à l’eau, à la santé et à un environnement durable.

En cette Journée panafricaine de la femme, la Commission rend hommage et célèbre ces innombrables femmes dont la détermination, la résilience et la vision contribuent à assurer l’avenir hydrique de l’Afrique.

La Commission africaine appelle en outre les États parties à accorder la priorité à la ratification et à la mise en œuvre intégrale du Protocole de Maputo, à donner effet aux Lignes directrices sur le droit à l’eau, et à intégrer les principes de la Vision africaine de l’eau 2063 et de sa Politique dans les législations, politiques et programmes nationaux relatifs à la gestion des ressources hydriques et aux services d’assainissement. Alors que l’Afrique progresse vers la réalisation des aspirations de l’Agenda 2063, réaffirmons que garantir l’avenir hydrique du continent exige d’assurer la participation égale, le leadership et les droits des femmes à tous les niveaux de la prise de décision.

Hon. Commissaire Janet Ramatoulie Sallah-Njie, Rapporteure spéciale sur les droits des femmes en Afrique, Commission africaine des droits de l’homme et des peuples

Source: https://achpr.au.int/fr/news/communique-de-presse/2026-07-31/communique-de-presse-loccasion-de-la-journee-panafricaine-de