Si les jours fériés varient d’un pays à l’autre, certaines dates trouvent un écho commun à l’échelle mondiale : ce sont les journées internationales décrétées par les Nations Unies. Chaque mois, le calendrier international met en lumière diverses causes majeures. À vrai dire, presque toutes les grandes problématiques mondiales disposent désormais d’une journée qui leur est dédiée.
Parmi elles, certaines sont bien ancrées dans la conscience collective — la Journée internationale des droits des femmes (8 mars), la Journée mondiale de l’eau (22 mars) ou encore la Journée internationale de la paix (21 septembre). D’autres, telles que la Journée mondiale du thon, restent plus confidentielles.
À quoi servent ces journées ? Et en quoi nous concernent-elles ?
Depuis leur création en 1945, les Nations Unies ont institué près de 200 journées internationales pour mettre en valeur leurs principaux axes d’intervention :
- Maintien de la paix et de la sécurité,
- Développement durable,
- Promotion et protection des droits humains,
- Respect du droit international et action humanitaire.
Ces journées ont pour objectif de rassembler autour de valeurs universelles telles que la paix, la solidarité et les droits fondamentaux. Elles permettent de sensibiliser le grand public à des enjeux cruciaux, tels que la pénurie d’eau, tout en commémorant des drames humains comme la catastrophe de Tchernobyl. Elles célèbrent aussi les avancées positives : les contributions scientifiques majeures ou le rôle essentiel des femmes rurales dans la société.
Quelques exemples emblématiques :
- 8 mars — Journée internationale des femmes : Célébration des femmes en première ligne du développement durable.
- 22 mars — Journée mondiale de l’eau : Un appel à préserver une ressource vitale pour l’agriculture, la pêche et les zones rurales.
- 12 août — Journée internationale de la jeunesse : Reconnaissance de celles et ceux qui façonnent l’avenir.
- 29 septembre — Journée de sensibilisation aux pertes et gaspillages alimentaires : Mise en lumière du rôle des populations rurales dans la réduction du gaspillage.
- 16 octobre — Journée mondiale de l’alimentation : Hommage à celles et ceux qui nourrissent la planète.
Plus encore, ces journées rappellent notre appartenance à une même humanité, avec un passé, un présent et un avenir partagés.
Une utilité concrète ?
Les journées internationales permettent de rendre visibles des problématiques souvent ignorées, allant des droits humains à la santé, de l’environnement à l’accès à l’eau.
Elles constituent des leviers de mobilisation pour les médias, les décideurs politiques, les institutions et les citoyens. Elles servent aussi à évaluer les progrès réalisés, à identifier les défis restants, et à stimuler des campagnes de sensibilisation ou des programmes publics. Elles s’adressent donc à tous, sans exception.
Symboles ou véritables moteurs de changement ?
Une seule journée suffit-elle à faire évoluer les choses ?
Sans actions concrètes, une journée de commémoration peut s’apparenter à un simple geste symbolique. Mais sur le long terme, ces dates peuvent avoir un effet structurant, en permettant de :
- Renforcer la prise de conscience,
- Mobiliser les décideurs,
- Obtenir des engagements financiers,
- et relancer les efforts collectifs, notamment autour des Objectifs de Développement Durable (ODD).
En fédérant l’ensemble des parties prenantes — États, société civile, organisations internationales, secteur privé — autour de causes communes, ces journées peuvent poser les bases d’un changement durable.
Quelques exemples marquants :
- Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale (23 mai) : La résolution qui l’a instituée met en évidence les liens entre cette maladie méconnue et des causes systémiques comme la pauvreté, le mariage précoce, la malnutrition ou l’inégalité d’accès aux soins. Bien que deux millions de femmes en soient atteintes dans les pays en développement, peu de personnes en ont connaissance. Cette journée joue un rôle fondamental de visibilisation et de mobilisation.
- Journée internationale des veuves (23 juin) : En mettant en lumière la précarité des femmes veuves et de leurs enfants (faim, exploitation, privation d’éducation), cette journée contribue à rompre le silence autour d’une réalité souvent ignorée et à porter les revendications de cette population invisible.
Focus sur trois journées clés d’octobre
- Journée internationale de la fille — 11 octobre
Pourquoi cette journée ?
Proclamée en 2011, cette journée vise à attirer l’attention sur les droits des filles et les discriminations spécifiques qu’elles subissent (mariages précoces, violences, accès limité à l’éducation).
Quel impact ?Dans de nombreux pays, on observe une baisse du taux de mariages d’enfants et une amélioration de l’accès des filles à l’éducation primaire. Des lois renforcent les sanctions contre les violences faites aux filles.
Mais les obstacles persistent, notamment dans les contextes de crise, de pauvreté ou de traditions ancrées. Le rapport Plan International 2025 souligne que le mariage précoce reste un frein majeur à l’éducation.
Utile ?
Oui, car elle donne de la visibilité à ces problématiques, mobilise des ressources et encourage des réformes législatives. Mais pour un réel changement, elle doit s’accompagner de politiques durables.
- Journée internationale de la femme rurale — 15 octobre
Pourquoi cette journée ?
Instituée en 2007, elle vise à reconnaître le rôle essentiel des femmes rurales dans l’agriculture, la sécurité alimentaire et le développement local, tout en soulignant les inégalités d’accès aux ressources.
Quel impact ?
Selon la FAO, donner aux femmes rurales les mêmes moyens que les hommes pourrait accroître la production agricole de 20 à 30 %. Des programmes en Afrique et en Asie ont introduit des microcrédits, des formations agricoles sensibles au genre, ou encore des droits fonciers renforcés.
Mais les freins restent nombreux : normes sociales rigides, lois discriminatoires et faible reconnaissance.
Utile ?
Oui, dans la mesure où elle met en lumière une population souvent oubliée et mobilise les acteurs concernés. Mais, sans investissement durable, elle risque de rester symbolique.
- Journée internationale pour l’éradication de la pauvreté — 17 octobre
Pourquoi cette journée ?
Créée pour rappeler que la pauvreté ne se limite pas au manque de revenus, mais touche l’accès aux droits, aux services essentiels et à la dignité humaine. C’est aussi une tribune pour que les personnes concernées expriment leurs revendications.
Quel impact ?
L’ODD n°1 vise à éradiquer la pauvreté sous toutes ses formes. Des politiques sociales et transferts monétaires ont permis des avancées dans plusieurs pays, en particulier en milieu rural.
Mais les inégalités perdurent, aggravées par les crises économiques, climatiques ou sanitaires. La COVID-19 a précipité des millions de personnes dans la pauvreté, révélant la fragilité des systèmes.
Utile ?
Oui, car elle rappelle l’urgence de justice sociale. Mais son impact dépend de la volonté politique de transformer les systèmes (éducation, fiscalité, protection sociale), au-delà des discours.
Ce que ces journées apportent réellement
Les journées internationales sont des espaces de plaidoyer, de mobilisation collective et de suivi des engagements. Elles permettent de :
- Rendre visibles des causes négligées,
- Influencer les politiques publiques,
- Mobiliser des financements,
- Encourager l’évaluation et le suivi des progrès.
Leurs limites résident dans leur dimension souvent ponctuelle et symbolique. Sans suivi, financement pérenne ni stratégie intégrée, leur impact reste limité. Elles peuvent aussi réduire des enjeux complexes à des slogans simplifiés, si elles ne sont pas bien encadrées.
En conclusion : des outils utiles, à condition de les accompagner
Les journées internationales ont leur raison d’être : donner une voix, attirer l’attention, inciter à l’action. Les thématiques abordées (par exemple l’inflation, le changement climatique, les inégalités, les crises des droits humains) reflètent les urgences de notre temps.
Mais leur utilité ne doit pas s’arrêter au discours. Elle se mesure à ce que nous faisons le reste de l’année. Lorsqu’elles s’intègrent dans des stratégies nationales ou locales, avec des ressources, des partenariats et un véritable suivi, elles peuvent devenir de puissants leviers de changement.
Service communication
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