(Agence Ecofin) – En 2024, le ministère de l’Enseignement secondaire au Bénin annonçait la généralisation de la gratuité de la contribution scolaire pour les filles du secondaire dans tout le pays. Deux ans après, le gouvernement la concrétise dans le budget rectificatif 2026‑2027.
Le Bénin franchit un pas décisif dans les réformes en faveur de l’éducation des filles. Le mercredi 3 juin, le Conseil des ministres présidé par Romuald Wadagni a entériné leur exonération totale des frais de scolarité dans l’Enseignement secondaire général, du collège au lycée, dès la rentrée 2026‑2027.
La décision traduit une priorité assumée du nouvel exécutif. Le compte rendu du Conseil souligne que « la restructuration de l’appareil gouvernemental et la prise en compte des orientations prioritaires du président induisent une modification substantielle des objectifs de la loi de finances initiale ». Cette dispense des frais scolaires est financée dans ce cadre réajusté, accompagnée de la construction de magasins pour cantines scolaires. Inscrire ces deux postes au budget rectificatif envoie un signal clair : l’éducation des filles est traitée comme une dépense d’investissement, non comme une charge sociale.
Cette politique suit une trajectoire progressive depuis 2010, année où la prise en charge des frais a été instaurée au premier cycle dans les 77 communes sous le président Thomas Boni Yayi. En février 2023, le gouvernement du président Patrice Talon l’a élargie au second cycle, de la seconde à la terminale, dans 20 communes parmi les plus vulnérables. En octobre 2024, le ministère des Enseignements secondaire, technique et de la Formation professionnelle (MESTFP) a annoncé le déploiement national à venir, pour un coût estimé à plus de 3,5 milliards de FCFA, soit environ 6,2 millions de dollars, par an. Le Conseil des ministres de juin 2026 franchit cette étape. Le mécanisme couvre désormais toutes les élèves scolarisées dans le secteur public, dans les 77 communes béninoises.
Pour les familles, le soulagement est immédiat. Les contributions scolaires constituaient pour beaucoup un obstacle difficile à franchir, surtout dans les communes rurales où les ressources des ménages sont les plus contraintes. Au‑delà du secondaire général, les filières techniques et professionnelles demeurent exclues de cette avancée. Les apprenantes n’y représentaient que 31 % des effectifs en 2022, avec un indice de parité de 0,46, d’après les annuaires statistiques du MESTFP. C’est un angle mort que les autorités devront combler pour que la promesse d’égalité scolaire soit pleinement tenue.
Un système éducatif qui perd ses filles en route
L’enjeu est massif. Le Programme national pour l’accélération de l’éducation des filles, publié en juillet 2024 par le gouvernement béninois avec l’appui de l’UNICEF, établit un constat sévère. Seulement 25,2 % des filles achèvent le second cycle du secondaire. Leur taux brut de scolarisation à ce niveau plafonnait à 20,3 % en 2022, contre 26 % pour les garçons. Les écarts se creusent dans le Nord. L’Alibori affichait 68,1 % en 2022, tous cycles confondus.
Le poids des frais scolaires figure parmi les premiers facteurs de rupture scolaire. À cet obstacle financier s’ajoutent les grossesses précoces et les mariages d’enfants. Dans ce département situé à l’extrême nord‑est du pays, plus de 1 120 grossesses ont été enregistrées dans les établissements secondaires lors de l’année scolaire 2021‑2022, selon l’UNESCO. Avant 2016, la suppression des frais ne concernait qu’un peu plus d’un million d’élèves au premier cycle. Elle bénéficie aujourd’hui à plus de 2 millions de jeunes filles dans les 77 communes, précise le MESTFP.
Cette initiative intervient alors que le Bénin conduit un programme national de lutte contre le mariage des enfants. Adopté en conseil des ministres le 3 septembre 2025, il vise à ramener la proportion de filles mariées avant 18 ans de 33 % à 15 % d’ici 2029. Dans les départements du Nord, ces taux dépassent 30 %. Maintenir les élèves à l’école jusqu’en classe de terminale est l’un des leviers retenus pour briser ce cycle. Le programme Wadagni 2026‑2033 cible en moyenne 300 000 bénéficiaires par an.
La mesure lève un verrou financier majeur. Elle ne suffit pas, à elle seule, à résorber les inégalités de genre ancrées dans le système éducatif béninois. La construction de nouvelles capacités d’accueil, également inscrite au budget rectificatif, conditionne l’efficacité du dispositif dans les zones les plus enclavées.
Félicien Houindo Lokossou
Source: https://www.agenceecofin.com/actualites