Quatre ans de guerre au Soudan. Un conflit marqué par le recours généralisé au viol et à d’autres violences sexuelles quel que soit le camp. Cette arme de guerre engendre de graves séquelles, en particulier pour la santé mentale des victimes, qui sont principalement des femmes et des fillettes.
« Pour chaque femme qui parle, il y en a probablement huit ou neuf autres qui ont été violées et qui souffriront en silence », explique Avni Amin, responsable de l’unité Violences sexistes de l’OMS, lors d’un événement organisé au siège de l’ONU à Genève et consacré à l’urgence humanitaire et sanitaire au Soudan. Depuis avril 2023, le conflit entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR), une milice paramilitaire, a fait des dizaines de milliers de morts, déplacé environ 11 millions de personnes et a été marqué par une recrudescence des violences sexuelles.
D’une manière générale les statistiques existantes ne représentent certainement que la « partie émergée de l’iceberg », alerte-t-elle. Elle évoque le manque de sécurité et la difficulté d’accès aux établissements de santé fonctionnels, « la forte stigmatisation » des victimes, et le manque de personnel de santé formé pour les prendre en charge.
Viols collectifs, un impact à long terme
Même triste constat pour Niemat Ahmadi, du Groupe d’action des femmes du Darfour. Elle décrit les conditions épouvantables dans lesquelles se trouvent les victimes en quête de soins après des viols collectifs violents souvent accompagnés de complications médicales. En temps de paix, il y avait déjà peu de médecins disponibles au Darfour pour prendre en charge de tels cas, et « aujourd’hui, ils sont inexistants », a-t-elle regretté. En outre, pour ceux qui doivent se déplacer dans des centres de soins « il n’y a aucune sécurité », rappelle-t-elle, soulignant que les victimes étaient réticentes à se faire soigner dans les hôpitaux encore existants, car ils étaient souvent contrôlés par les belligérants. Niemat Ahmadi raconte comment, dans un hôpital du Darfour, des combattants des RSF avaient fait irruption, violé et tué une agente de santé.
Une situation aggravée par le retrait d’organisations humanitaires internationales, contraint par des impératifs de sécurité et des coupes drastiques dans le financement humanitaire. Ce qui conduit de petites structures dirigées par des femmes, comme celle de Niemat Ahmadi, à lutter pour trouver des ressources alors que « des gens meurent », déplore-t-elle.

Suicides par crainte de viol
Pour Shoko Arakaki, cheffe de la division de la réponse humanitaire du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), il est pourtant « absolument essentiel » que les victimes de violences sexuelles reçoivent des soins cliniques dans les 72 heures. « Mais nous n’avons ni services, ni médicaments » au Soudan, regrette-t-elle, insistant aussi sur la nécessité d’apporter un soutien psychosocial car un nombre croissant de victimes souffrent de profonds problèmes de santé mentale. « Le nombre de suicides est élevé », estime-t-elle.
Il est difficile d’obtenir des chiffres officiels. Mais Niemat Ahmadi a également déclaré être au fait d’un grand nombre de suicides de femmes à al-Jazirah, au sud-est de Khartoum, causés par la peur d’être violées. « Nous devons intégrer le soutien en santé mentale« , martèle-t-elle, s’inquiétant des « conséquences à long terme » tant pour les victimes que pour ceux qui sont témoins d’horreurs. « Nous savons, grâce à d’autres conflits, que les impacts se font sentir non seulement à long terme, mais aussi de génération en génération », a-t-elle ajouté. « Nous devons nous y préparer ».

Une arme de guerre
Selon un rapport publié en mars 2026, au moins 3.396 survivants de violences sexuelles, presque tous des femmes et des filles, ont sollicité – entre janvier 2024 et novembre 2025 – des soins dans les structures que Médecins Sans Frontières soutient au Nord et au Sud-Darfour. Intitulé “There is something I want to tell you”: surviving the sexual violence crisis in Darfur – “Si je le raconte à quelqu’un, il me tuera”: la réalité des violences sexuelles au Darfour, le rapport s’appuie sur des témoignages de survivantes et des données issues des programmes médicaux de MSF. Il indique que les soldats des Forces de soutien rapide (FSR) et les milices qui leur sont alliées sont responsables de violences sexuelles généralisées et systématiques contre les femmes.
« Cette guerre se mène sur les corps des femmes et des filles ».Ruth Kauffman, responsable des urgences sanitaires de MSF
« Les violences sexuelles sont un élément central de ce conflit — elles ne se limitent pas aux lignes de front, mais touchent l’ensemble des communautés« , explique Ruth Kauffman, responsable des urgences sanitaires de MSF. « Cette guerre se mène sur les corps des femmes et des filles. Les déplacements forcés, l’effondrement des mécanismes de soutien communautaire, l’accès limité aux soins et les inégalités de genre profondément ancrées favorisent la poursuite de ces abus à travers le Soudan« .
Source: https://information.tv5monde.com/